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Philo' au jardin : rendez-vous le 7 avril !

Printemps des poètes 2017

L'atelier d'écriture du Petit Grain et l'association Philosphères présentent une édition 2017 du Printemps des Poètes, sur la Place Dormoy. Occasion de fêter les cinq ans du café associatif où est né notre atelier d'écriture en 2013.
Au programme :
14/16 h : atelier collage poétique à la Prévert, pour adultes et enfants
16h45/18h15 : Lecture et musique avec DJ Sakré Koeur autour du thème de l'année : AFRIQUE(S)
Rendez-vous gratuit, ouvert à tous !

Un florilège de poèmes d'Afrique(s), dont voici quelques traces :

Soleil mon seul pays

par Marie Léontine Tsibinda Bilombo

Soleil
Soleil sans limites
Sans autre raison que de
Naître ou renaître

Soleil mon seul pays

À la seconde imminente
Quand la nuit cède l'espace à l'aube
Une frêle espérance saisit
La pesanteur des choses
Et ouvre à la matrice
Assaillie de doutes
L'irréfutable horizon de naître

Soleil
Soleil irremplaçable univers
Je viens au monde offrir
Les raisons de la maternité
Soleil amitié de Poto-Poto
Soleil solidarité de Bacongo
Soleil éternité de Moungali
Soleil eau violente et fraternelle

Soleil mon seul pays

Je viens en femme
En proie à l'avenir
Nommer les signes du soleil
Nommer la naissance de l'herbe
La naissance de l'arbre
La naissance du fleuve
Nommer les certitudes du griot
Je viens ô Malemba en femme solaire

Soleil mon seul pays

Mayombe moment de naissance
Nature quand tout commence
Le rire des phacos
La guerre des gorilles
Le swing des serpents à cornes
La loi des lions souverains
L'orgueil des limbas
L'orgueil des okoumés
L'égoïsme des familles
L'aurore de l'homme

Soleil mon seul pays

Soleil de sueur et d'espérance
Voici la houe
Voici la hache
Et commence la cognée
Civilisationnelle
Contre l'équilibre des choses
Contre l'étreinte des langues
Contre la symbiose des symboles
Contre le dialogue des mythes

Mayombe

Là-bas Kimpa-Vita debout
Sur le mont espérance
De ces temps cadenassés

Mayombe

Et déjà indocile
Le souffle kongo
Gravissant les collines du corps
Gravissant la falaise de l'avenir
Soleil mon seul pays

Soleil pays de résurrection

C'est un bien grand bonheur
Un vrai pari un pur défi
D'ébéniste du soleil
Que nos rêves arrivent encore
À illuminer nos rires
Nos racines nos rites
À conjurer la mort
À conjuguer l'amour
Ici ou ailleurs
Soleil soleil mon seul pays
Soleil soleil mon seul Congo
Soleil soleil O Canada !

in pas d'ici, pas d'ailleurs, Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, Ed. Voix d'encre, 2011



Mille ans

De Tanella Boni


Mille ans de terre

De peine et de boue

De gosses et de torchons.

Mille ans de casseroles de canaris

De couteaux de maïs.

Mille ans...mille ans

Ramasse-toi! Dresse-toi!

Refuse de t' engouffrer tête en bas

Dans la vase!

Sois fière comme un arbre.

in Labyrinthes, Editions Akpagnon, 1984




L'atelier collage poétique à la Prévert a réuni adultes et enfants : inspiration au rendez-vous !




Le fascime, fils du libéralisme et de la technique

A l'aube d'élections présidentielles à hauts risques, il nous semble urgent de lire Jacques Elllul et son texte de 1937 : "Le fascisme, fils du libéralisme" publié dans les Cahiers Jacques Ellul, 2003, n°1. Il contient une peinture saisissante de notre société, à ceci près que 80 ans de "progrès" technique  ont considérablement démultiplié la puissance de ce qu'il conviendrait d'appeler le technofascisme à venir." A moins que...

En voici un premier extrait.

"Le chef naît quand le fascisme est devenu nécessaire. Mussolini paraît lorsque les temps sont révolus et si ce n'était pas Mussolini, n'importe quel général ou industriel emporterait l'affaire. Le chef ne vient au monde que parce que la mentalité générale du public exige ce chef, réclame ce héros dans lequel elle veut s'incarner. Le fascisme n'est pas une création du chef mais le chef une création de la mentalité préfasciste.
Le chef est là en somme pour concrétiser des aspirations parfois encore inconnues de la foule - et c'est ce qu'il faudra comprendre lorsque je parlerai de la démagogie du fascisme. Il n'est pas question d'un homme qui veut un monde de telle façon et sur telle mesure - mais d'un homme qui s'applique à réunir en lui tous les lieux communs que la foule accepte, qui catalogue toutes les vertus que le public demande et qui, par là, prend un pouvoir, un ascendant sur lui. Un état d'esprit commun antérieur au fascisme est une condition sine qua non du fascisme. Il naît d'une certaine complexité du monde. Devant une situation de plus en plus difficile, la foule suit d'abord ceux que l'on a considérés jusqu'ici comme des chefs : les intellectuels. Or les intellectuels trahissent et les meilleurs d'entre eux peuvent dire tout au plus que les forces déclenchées sont tellement imprévues, tellement illimitées, il leur fait tellement défaut de précédents, qu'ils n'y comprennent pas grand'chose, que tout est à reprendre à la base et que pour le moment le chemin est obscur. La foule n'aime pas ces aveux d'impuissance et n'aime pas l'obscurité. Elle préfère des bateleurs qui lui disent peut-être le même aveu, mais enveloppé dans du papier d'argent. Et le fascisme a joué là-dessus : ne pouvant pas expliquer il s'est présenté comme une doctrine du désespoir. Là encore d'ailleurs il rejoint parfaitement l'état d'esprit du bourgeois moyen pour qui c'est une attitude très remarquable d'être désespéré. Seulement, alors que l'intellectuel de bonne qualité lui propose une raison véritable de désespérer, lui propose un désespoir de bonne qualité, en face on lui propose un désespoir romantique. Tout ce qui est précis fait peur parce qu'exigeant une recherche et une solution également précises ; ce qui est précis engage l'individu dans la mesure de sa précision.

Le fascisme, destiné à exprimer exactement le désir d'une foule, ne pouvait pas lui proposer une doctrine optimiste puisque cette foule était portée vers le pessimisme non seulement par goût du frisson mais encore par le sentiment de la crise latente ; il ne pouvait pas non plus lui exposer les raisons de désespérer : c'aurait été supposer que la foule pouvait comprendre et d'ailleurs il aurait fallu apporter des précisions désagréables. Alors, il s'est posé en doctrine pessimiste : « tout est perdu, sauf par le fascisme ; nous n'avons plus de foi dans les saints ni dans les apôtres, nous n'avons plus de fol dans le bonheur ni dans le salut ; tout va mal - et tout doit aller mal ; le bonheur matériel, faut laisser cela aux vils matérialistes, l'homme doit vivre d'idéal et non de pain ; tout déclin la culture et la civilisation, nous devons lutter cependant pour établir un ordre d'où soient bannies ces cultures et ces civilisations décadentes ». Et ça fait toujours plaisir de reconstruire un ordre sur des bases nouvelles, même si l'on ne sait pas très bien de quoi il s'agit, Mais alors nous devons prendre garde, devant l'importance de cette mentalité commune qui secrète le fascisme, que celui-ci est possible dans tous les pays : on ne peut pas dire que l'on ne supportera jamais en France cette oppression, ou qu'en Angleterre le fascisme est étranger aux traditions. Les éléments qui forment la mentalité préfasciste, comme le style Le Corbusier, se retrouvent identiques dans tous les pays.

Je n'insisterai pas plus sur ce phénomène de création de la mentalité préfasciste. Cette mentalité, comme je l'ai dit, tend à faire accepter un certain nombre de mesures autoritaires, car elle est une démission, et lorsque ces mesures autoritaires sont coordonnées et complétées, le fascisme est créé."

Photo : Coucher de soleil sur la Ferme de Richemont, par Florence Louis.

Powidoki : l'ultime chef d'oeuvre d'Andrzej Wajda

L'ange du cinéma polonais se promène encore parmi nous : le dernier film d'Andrzej Wajda sort en salle en France et sa force s'imprime dans nos yeux. Le film (dont le titre français Les fleurs bleues fait référence à une scène magnifique, bleu tranchant sur le cimetière de pierre) offre cette vision unique que le cinéaste porte sur son pays. Historien d'une Pologne martyre de la modernité, Wajda découvre les méandres de l'âme humaine : affres de la misère, grandeur de l'admiration, bassesse des compromissions, puissance de libération de l'art.

Powidoki, (le titre original) c'est la persistance rétinienne que l'artiste Władysław Strzeminski (1893-1952) conceptualisa : notre œil perçoit le monde et lui imprime sa couleur intérieure. C'est à cette vision que le peintre doit donner forme.

"Il s'agit d'une des premières et rares théories artistiques moderne qui prend en considération le mouvement de l'homme", écrit Laurence Kimmel (1). Wajda peint un homme singulier, modèle splendide d'intégrité face à une société où règne l'absurdité.

C'est bien Strzeminski en tant que personne singulière qui habite Les fleurs bleues : l'époux esseulé de l'artiste Katarzyna Kobro (1898/1951), le père d'une petite Nika qui emplit le film d'une dignité presque héroïque, le professeur adulé par une bande d'étudiants à la recherche de l'Art véritable. C'est lui que nous voyons tenir tête, jusqu'à la mort, à un système odieux où "si tu ne travailles pas, tu ne manges pas".  Mais plus qu'un film à charge contre le système soviétique, c'est un cri en faveur de la liberté quand elle reste l'unique rempart contre la dépersonnalisation.

1. Un article riche et éclairant sur Katarzyna Kobro et Władysław Strzemiński : Une théorie du pli moderne, par Laurence Kimmel sur le site Exporevue

Howard Zinn, un documentaire diffusé par Mediapart

Mahalia Jackson, New Orleans Jazz Festival, Avril 1970

Tant que les lapins n'auront pas d'historiens, ce seront les chasseurs qui donneront leur version de l’histoire. Le jeune juif américain Howard Zinn, dont les parents viennent de l'Empire austro-hongrois pour son père, de Sibérie pour sa mère, découvre très jeune les monstruosités de la guerre et devient l’historien des oubliés, des perdants : son Histoire populaire des Etats-Unis est une mine pour tous ceux qui refusent d'écouter la voix des maîtres.

Mediapart offre ce mois-ci aux abonnés de découvrir le film Howard Zinn, une histoire populaire américaine (Première partie) // Réalisation : Olivier Azam & Daniel Mermet, 2015.

Mon écran et moi : la famille à l’heure du numérique


Un atelier philosophique pour questionner ensemble (parents, ados et enfants) la place des techniques numériques dans les foyers.
Un atelier gratuit, ouvert à tous, proposé à Bassens le 26 janvier 2017, à partir de 18 heures 30 dans le cadre des Pause café parents et de la semaine Faites numérique !

Deux rendez-vous ouverts à tous autour des pionniers de la pensée écologique : Jacques Ellul et Bernard Charbonneau

Face au réchauffement climatique, à la pollution grandissante et au saccage de la Nature, la philosophie interroge le rapport de l’homme au monde. Dès les années 1930, au cœur du Sud-Ouest, deux penseurs prennent conscience du péril qui menace l’humanité : « la grande mue » dont parle Charbonneau repose sur un gigantesque « système technicien » qu’Ellul n’a de cesse d’analyser. « Révolutionnaires malgré eux », Jacques Ellul et Bernard Charbonneau nous invitent à une réflexion critique, mine d’enseignements précieux pour le temps présent.

Un atelier le vendredi 27 janvier 2017  de 11 heures à 12 heures 30, à la Maison écocitoyenne de Bordeaux, gratuit sur inscription 05 24 57 65 20 ou maisoneco@mairie-bordeaux.fr

Une conférence dans le cadre des Jeudis culturels de Terre et Océan, le 2 février à 18 heures 30 à l’Aquaforum, Rives d’Arcin, gratuit, infos sur www.terreetocean.fr

Atelier et conférence par Florence Louis : elle enseigne la philosophie depuis 2006, après avoir suivi un cursus universitaire pluridisciplinaire en histoire et en philosophie à la Sorbonne (Paris I). Elle pratique l’enseignement de la philosophie au sein de l’association Philosphères, auprès des adultes (Jeudis de la Philosophie à l’Athénée), des étudiants et des enfants.

www.philospheres.org

Lettre au poète, s'il est vivant

A Jean-Paul Michel.

« ... plus la philosophie se heurte à des rivaux impudents et niais, plus elle les rencontre en son propre sein, plus elle se sent d’entrain pour remplir la tâche, créer des concepts, qui sont des aérolithes plutôt que des marchandises. Elle a des fous rires qui emportent ses larmes.» 1 

Bordeaux, le 4 décembre 2016

C'est une ode « Aux Chasses, « plus qu'à la prise » 1» que j'avais choisie ce matin pour ouvrir une journée d'écriture et de lecture, sur une place tranquille d'un quartier chic bordelais.

C'est un Ex-voto que j'avais choisi pour son rythme, sa vigueur, son étrangeté et l'envol de ses mots.

Nous nous étions installés en plein air au pied d'une statue majestueuse, sous un soleil radieux. Lorsque je lus le texte, au micro, le son se diffusait aussi dans la halle adjacente où les étals des marchands proposaient des colifichets aux badauds pour Noël.

A peine le dernier vers déclamé, comme un oracle, prémonitoire

« A la défaite, poème de lucide détresse

Aux Saluts – mais qu'ils brûlent ! »

un homme maigre et lourd vint me dire que le micro serait désormais éteint : « ce n'est pas possible », « les commerçants se plaignent », « ça plombe », « c'est pas l'esprit », « c'est insupportable ! »

La lecture (à peine deux minutes ?) avait ouvert dans l'assistance un gouffre odieux, et certains réclamaient à grands cris qu'on le remplisse, qu'on le comble d'urgence à l'aide d'une soupe musicale ronronnante. Rassurer les oreilles excisées.

Une heure plus tard, abasourdies mais vaillantes, nous reprîmes cou-rageusement le micro : une enfant récita « Impression fausse », de Paul Verlaine :

Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.
On sonne la cloche,
Dormez les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Le délicieux présent fut suivi de trois pièces de choix : une recette d'Eugène Guillevic, puis une strophe de Nerval...

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ?

Moi, les roses ;
Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
Moi, le rossignol qui chante ;
Et moi, les beaux papillons !

et enfin « Totaux » extrait de Charabias de Géo Norge :

Ton temps têtu te tatoue.
T'as-ti tout tu de tes doutes ?
T'as-ti tout dû de tes dettes ?
T'as-ti tout dit de tes dates ?
T'a-t-on tant ôté ta teinte ?
T'a-t-on donc dompté ton ton ?
T'as-ti tâté tout téton ?
T'as-ti tenté tout tutu ?
T'es-ti tant ? T'es-ti titan ?
T'es-ti toi dans tes totaux ?
Tatata, tu tus ton tout.

La récitante avait pris soin de revêtir Dame Poésie de ses habits d'apparat : sourire et attendrissement ne pouvaient manquer de naître chez l’auditeur...

Mais quand vint le moment, une heure encore passée, de reprendre la lecture, les attaques redoublèrent: non, ces mots étaient de trop, décidément. « La poésie, ça va dans des soirées spéciales pour des gens qui aiment ça, mais pas en pleine journée! » Les commerçants avaient payé leur emplacement, on ne pouvait pas continuer ça. Qui étions-nous pour prendre ainsi la parole ?

Nous n'étions il est vrai que six personnes (quatre « grandes » et deux enfants), venues ce dimanche offrir « un glanage poétique pour l'hiver », au nom d'une association invitée par l'organisateur du marché de la Saint-Nicolas, et dont l'objet social consiste à ouvrir des espaces philosophiques au cœur de la Cité. Et l'on sait que la philosophie veille jalousement sur la poésie, comme un amant sur son aimée.

Alors après cette dernière secousse, nous ne prîmes plus le micro, nous rangeâmes Paul Celan, Jules Supervielle, Dylan Thomas et autres subversifs empêcheurs d'acheter en rond, brisées dans notre élan par un double mouvement de haine : d'un côté l'attaque, franche et violente de ceux qui se sentent agressés par une poésie qu'ils jugent déplacée. De l'autre plus sourde, la connivence, la bassesse, de ceux qui disent se sentir gêné par les attaques, qu'ils cautionnent toutefois en prétextant : « mais c'est vrai que c'est pas l'esprit... »

Non, le marché n'a pas d'esprit, la poésie n'est pas une marchandise, et pire que cela, elle ne fait pas vendre. Dans cette lumière apparaît une vérité essentielle de notre temps : l'omniprésence de la publicité n'est pas un dommage collatéral que nous supportons sans broncher. Elle est une des conditions nécessaires à l'acte d'achat. C'est parce que les oreilles sont occupées dans les magasins par un fond sonore excitant que les consommateurs consomment. Une simple interruption de ce flot perturbe déjà l'automatisme. Plus fondamentalement l'entrée en scène de mots relevant de catégories exclues par le novlangue actuel (tels luxurieux, chair, Montcorbier, incalculable, honneur, lucide, Khayyam, etc. pour prendre des exemples tirés de l'Ex-voto) provoque la panique chez ceux qui ont intérêt à ce que l'automate demeure « en mode automatique », expression terrible, répandue, qui calque les mécanismes de l'esprit sur les fonctionnalités des ordinateurs.

Bonne nouvelle ? Oui, les mots conservent une puissance majestueuse si seulement ils sont préservés de toute instrumentalisation, ainsi dans l'optique poétique.

Oui, la poésie est une insurrection en soi contre les marchands et l'ordre bourgeois.

Oui, mais jusqu'à quand ?

Le novlangue, explique Georges Orwell, dans son « Appendice » à 1984 « a pour but « non seulement de fournir un mode d'expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l'angsoc [le pouvoir en place dans le roman] mais de rendre impossible tout autre mode de pensée »2.

Réduire le domaine de la pensée : détruire des idées en supprimant des mots : « chaque réduction était un gain, puisque moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir3 ». Initier un mouvement inverse : entendre des mots inconnus, se souvenir de mots oubliés : s'abreuver à la source de la pensée.

« Une personne dont l’éducation aurait été faite en novlangue seulement, ne saurait pas davantage que égal avait un moment eu le sens secondaire de politiquement égal ou que libre avait un moment signifié libre politiquement que, par exemple, une personne qui n’aurait jamais entendu parler d’échecs ne connaîtrait le sens spécial attaché à reine et à tour. Il y aurait beaucoup de crimes et d’erreurs qu’il serait hors de son pouvoir de commettre, simplement parce qu’ils n’avaient pas de nom et étaient par conséquent inimaginables.4 » Assèchement de la pensée, évidement des émotions : qu'est-ce qu'une émotion qui ne peut se partager ? Qu'est-ce qu'une communauté qui rejette la poésie alors même que comme l'écrit Jean-Luc Nancy « si nous comprenons, si nous accédons d'une manière ou d'une autre à une orée du sens, c'est poétiquement 5» ?

Ce refus de toute déviation, de tout détour hors du sillon (délire) condamne au statu quo, comme si au fond ce qui était rejeté c'était la possibilité du mouvement, de la surprise, du vacillement. Peut-être parce que l'équilibre étant trop précaire, le présent est-il menacé dans sa consistance même ? Alors l'interroger ou simplement le chanter revient à le trahir. La Poésie est déplacée dans un monde désolé. Adorno l'avait déjà dit. Nous en sommes encore là. En sortirons-nous jamais ?

Tels les Hauts-Parleurs d'Alain Damasio6, pénétrons la Cité, promenons-nous sur les places, courons les ruelles, ensemençons les quais et portons haut les verbes, les adverbes et les noms, les points d'exclamation, les guillemets polis et crions un langage encore libre et fécond.

« La Terre alors est devenue petite, et sur elle clopine le dernier homme, qui rapetisse tout. Inépuisable est son engeance, comme le puceron. » Que faire, cher poète, quand vos mots sont hués, vos roses recouvertes de pucerons ?

Bien sincèrement, Votre :

Florence Louis

1Jean-Paul Michel, « Aux Chasses, « plus qu'à la prise » », in Nous avons voué notre vie à des signes, 1976-1996, William Blake & Co. Edit.

2Georges Orwell, « Appendice », 1984, Folio Gallimard, 1950.

3Ibid.

4Ibid.

5Jean-Luc Nancy, « Faire, la Poésie », in Nous avons voué notre vie à des signes, 1976-1996, William Blake & Co. Edit.

6Alain Damasio, « Les Hauts® Parleurs® », Aucun souvenir assez solide, Folio SF, 2012

1Gilles Deleuze et Félix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, 1991.

Alain Damasio, « Les Hauts® Parleurs® », Aucun souvenir assez solide, Folio SF, 2012

2017

Glanage poétique pour l'hiver


Depuis le Printemps des poètes de mars 2016, Philosphères a déclaré l'état d'urgence poétique...

...à l'invitation de Pier Paolo Pasolini dans Traitement (in la Rage) :

"Que s'est-il passé dans le monde, après la guerre et l'après-guerre ?
La normalité.
Oui, la normalité. Dans l'état de normalité, on ne regarde pas autour de soi : tout autour se présente comme "normal", privé de l'excitation et l'émotion des années d’urgence.  L'homme tend à s’assoupir dans sa propre normalité, il oublie de réfléchir sur soi, perd l’habitude de se juger, ne sait plus se demander qui il est.
C'est alors qu'il faut créer, artificiellement, l'état d'urgence : ce sont les poètes qui s'en chargent. Les poètes, ces éternels indignés, ces champions de la rage intellectuelle, de la furie philosophie."

Dimanche 4 décembre 2016 de 10 heures à 16 heures, Philosphères ouvrira un espace de
construction poétique pour tous : ateliers d'écriture et lectures pour petits et grands !
A l'occasion du Marché de la Saint Nicolas de l’association "le 4 de Bordeaux", Place Amédée Larrieu venez vous réchauffer au creux des mots !

Les autres associations résidentes du Zest' (76 rue de Pessac) vous proposeront :

Samedi à partir de 16h30 : Micro-trottoir de Noël avec la webradio participative et solidaire tooBordo.net.

Samedi & dimanche à partir de 15h00 : Atelier fabrication de décorations de Noël pour le sapin de la Place et la vitrine du Zest', avec l'association les Briz'Carro.

Bienvenue à tous !

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