Le Flog - Cultures et actualités politiques

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Politique

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Citoyens d'une République malveillante

Un vendredi soir, en France. Des habitants fêtent ce soir autour d'un brasero, d’un couscous et de vin chaud, l'hiver qui arrive. Une cinquantaine de personnes discute joyeusement, la nuit est tombée.

Un jeune homme longiligne s'est approché du groupe. Il se tient à l'écart, malgré les sollicitations de Paul*, qui l'a amené jusque-là. Au bout d'un quart d'heure, il consent à s'asseoir sur un banc, près du feu qui réchauffe l'air humide, glacé.

Alice approche, se présente et lui demande son prénom :

- Je m'appelle Mamadou Moustapha Fall.

Elle lui tend un mug rempli de thé. Il l'accepte. Il a 16 ans, dit-il, il vient de Guinée Conakry. Il arrive d'Espagne : en descendant du bus il a demandé l'hospitalité à Paul qui tirait de l'argent au distributeur. Celui-ci l'a ramené sur la Place où la fête bat son plein.

Paul revient justement avec une assiette de couscous. Mamadou s'attable, en silence. Son visage est sans expression. Fermé.

Comme par prudence.

Après concertation avec Paul, mais aussi Albert et Greg, Alice tente de joindre le 115. Au bout d'une heure, le service répond enfin.

- Il a 16 ans ? Nous n'avons pas le droit d'accueillir des mineurs. Il doit se rendre lundi au service qui s'occupe des mineurs et dont voici l'adresse. Pour ce soir, appelez la Brigade des Mineurs ; je vous promets qu'ils ne lui feront pas de mal.

Alice remet à Mamadou l'adresse du service, pour lundi. On décide de ne pas appeler la Brigade des mineurs.

Par prudence.

Albert propose de joindre Sarah, elle habite dans un squat pour mineurs, en centre-ville. Greg disparait puis revient une heure plus tard, accompagné des trois jeunes hommes qui viennent d'ouvrir un squat à deux pas d'ici. Ils acceptent d'accueillir Mamadou.

Debout dans sa doudoune celui-ci n'a aucun bagage : pas même un sac. Fanny propose de lui donner un duvet : on passe le prendre dans sa voiture. Sur le chemin Mamadou explique qu'il a voyagé pendant trois mois à travers le Mali, l'Algérie, le Maroc, puis l'Espagne : il voulait venir en France parce qu'il parle la langue. Il n'y connait personne.

Les trois jeunes se veulent rassurants. Ils ont justement aménagé une chambre aujourd’hui, avec un lit, des draps et une lampe de chevet.

On les remercie. On salue Mamadou. On leur apportera des restes de couscous, demain.

*tous les prénoms sont fictifs.

Les Chimpanzés du futur refusent de devenir cyborg

Communiqué spécial de Pièces et main d’œuvre !

"Ce lundi 20 novembre, quelques Chimpanzés bordelais ont interrompu le colloque de promotion du transhumanisme organisé par l’université et la librairie Mollat (voir ici).

Ils ont laissé quelques peaux de bananes et ce tract :

À Bordeaux, du 20 au 22 novembre 2017, le laboratoire Mica (médiations, informations, communication, arts) de l’université de Bordeaux et la librairie Mollat s’associent pour servir de porte-voix aux tenants de l’idéologie transhumaniste et préparer l’intégration de l’homme machine dans un monde-machine.
Nous voilà conviés à débattre de « l’ambivalence » d’un monde où nous et nos enfants n’auront d’autre choix que de s’hybrider ou de devenir (selon l’expression du transhumaniste Kevin Warwick) des « chimpanzés du futur », cette sous-espèce d’homme condamnée pour avoir refusé son « devenir cyborg ». Nous sommes donc invités à débattre de notre dernière heure.
Durant ce « colloque international » intitulé sans honte « Le devenir cyborg du monde », nous sera administrée la nécessaire dose d’acceptabilité à un monde déjà en chantier dans les laboratoires de ces grands prêtres de la religion transhumaniste, un monde que nous n’avons jamais eu l’occasion de choisir. Et ce n’est qu’un début : vient de s’implanter à Bordeaux, ville désormais labellisée French Tech, une antenne
de la Singularity University, cet outil de propagande du technototalitarisme fondé par Ray Kurzweil (transhumaniste en chef chez Google), sous le patronage duquel se tient ce colloque.
Nous autres, Chimpanzés du futur bordelais, refusons de débattre de notre fin, tout comme de la transformation de notre biotope en technotope. Participer, c’est déjà accepter. Nous ne participerons pas à notre mise à mort. Nous ne nous émerveillerons pas de notre dilution dans un monde-machine telle que la mettront en scène de pseudo-artistes et dont débattront des universitaires fascinés, à la fois juges et partie. Nous nous élevons contre les opportunistes qui trouvent leur inspiration dans l’anthropocide en cours, ceux qui pèsent encore le pour et le contre de cette idéologie mortifère, ceux qui, complices ou collaborateurs, refusent de prendre contre les promoteurs du transhumanisme une position ferme.
Bernard Andrieu, une des cautions universitaires des technopropagandistes, s’interroge naïvement : « Comprendre l’hybridation technologique comme une déshumanisation pose la question de la limite : jusqu’où devrions-nous garder la naturalité de nos fonctions si une solution technique pouvait, sinon nous réparer, du moins améliorer nos conditions d’existence ? »
Nous, humains d’origine animale, qui constatons malheureusement chaque jour la pertinence de la loi de Gabor – « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé » –, laissons les inhumains d’avenir machinal débattre encore de la question du « jusqu’où ? » pour poser résolument celle qu’ils éludent soigneusement : « Pourquoi ? »
Nous n’avons jamais eu besoin d’eux pour « activer notre corps vivant ». Nous vivons, nous ne fonctionnons pas. Nous sommes nés, non fabriqués. Nous refusons de nous « customiser en cyborg » dotés de « prothèses bioniques douées d’intelligence artificielle ». Nous refusons de « nous préparer à changer de planète ».
Nous voulons vivre sur terre et rester libres et humains.

Plus d'infos, de textes et de ressources sur le site de Pièces et main d’œuvre

Le fascime, fils du libéralisme et de la technique

A l'aube d'élections présidentielles à hauts risques, il nous semble urgent de lire Jacques Elllul et son texte de 1937 : "Le fascisme, fils du libéralisme" publié dans les Cahiers Jacques Ellul, 2003, n°1. Il contient une peinture saisissante de notre société, à ceci près que 80 ans de "progrès" technique  ont considérablement démultiplié la puissance de ce qu'il conviendrait d'appeler le technofascisme à venir." A moins que...

En voici un premier extrait.

"Le chef naît quand le fascisme est devenu nécessaire. Mussolini paraît lorsque les temps sont révolus et si ce n'était pas Mussolini, n'importe quel général ou industriel emporterait l'affaire. Le chef ne vient au monde que parce que la mentalité générale du public exige ce chef, réclame ce héros dans lequel elle veut s'incarner. Le fascisme n'est pas une création du chef mais le chef une création de la mentalité préfasciste.
Le chef est là en somme pour concrétiser des aspirations parfois encore inconnues de la foule - et c'est ce qu'il faudra comprendre lorsque je parlerai de la démagogie du fascisme. Il n'est pas question d'un homme qui veut un monde de telle façon et sur telle mesure - mais d'un homme qui s'applique à réunir en lui tous les lieux communs que la foule accepte, qui catalogue toutes les vertus que le public demande et qui, par là, prend un pouvoir, un ascendant sur lui. Un état d'esprit commun antérieur au fascisme est une condition sine qua non du fascisme. Il naît d'une certaine complexité du monde. Devant une situation de plus en plus difficile, la foule suit d'abord ceux que l'on a considérés jusqu'ici comme des chefs : les intellectuels. Or les intellectuels trahissent et les meilleurs d'entre eux peuvent dire tout au plus que les forces déclenchées sont tellement imprévues, tellement illimitées, il leur fait tellement défaut de précédents, qu'ils n'y comprennent pas grand'chose, que tout est à reprendre à la base et que pour le moment le chemin est obscur. La foule n'aime pas ces aveux d'impuissance et n'aime pas l'obscurité. Elle préfère des bateleurs qui lui disent peut-être le même aveu, mais enveloppé dans du papier d'argent. Et le fascisme a joué là-dessus : ne pouvant pas expliquer il s'est présenté comme une doctrine du désespoir. Là encore d'ailleurs il rejoint parfaitement l'état d'esprit du bourgeois moyen pour qui c'est une attitude très remarquable d'être désespéré. Seulement, alors que l'intellectuel de bonne qualité lui propose une raison véritable de désespérer, lui propose un désespoir de bonne qualité, en face on lui propose un désespoir romantique. Tout ce qui est précis fait peur parce qu'exigeant une recherche et une solution également précises ; ce qui est précis engage l'individu dans la mesure de sa précision.

Le fascisme, destiné à exprimer exactement le désir d'une foule, ne pouvait pas lui proposer une doctrine optimiste puisque cette foule était portée vers le pessimisme non seulement par goût du frisson mais encore par le sentiment de la crise latente ; il ne pouvait pas non plus lui exposer les raisons de désespérer : c'aurait été supposer que la foule pouvait comprendre et d'ailleurs il aurait fallu apporter des précisions désagréables. Alors, il s'est posé en doctrine pessimiste : « tout est perdu, sauf par le fascisme ; nous n'avons plus de foi dans les saints ni dans les apôtres, nous n'avons plus de fol dans le bonheur ni dans le salut ; tout va mal - et tout doit aller mal ; le bonheur matériel, faut laisser cela aux vils matérialistes, l'homme doit vivre d'idéal et non de pain ; tout déclin la culture et la civilisation, nous devons lutter cependant pour établir un ordre d'où soient bannies ces cultures et ces civilisations décadentes ». Et ça fait toujours plaisir de reconstruire un ordre sur des bases nouvelles, même si l'on ne sait pas très bien de quoi il s'agit, Mais alors nous devons prendre garde, devant l'importance de cette mentalité commune qui secrète le fascisme, que celui-ci est possible dans tous les pays : on ne peut pas dire que l'on ne supportera jamais en France cette oppression, ou qu'en Angleterre le fascisme est étranger aux traditions. Les éléments qui forment la mentalité préfasciste, comme le style Le Corbusier, se retrouvent identiques dans tous les pays.

Je n'insisterai pas plus sur ce phénomène de création de la mentalité préfasciste. Cette mentalité, comme je l'ai dit, tend à faire accepter un certain nombre de mesures autoritaires, car elle est une démission, et lorsque ces mesures autoritaires sont coordonnées et complétées, le fascisme est créé."

Photo : Coucher de soleil sur la Ferme de Richemont, par Florence Louis.

Howard Zinn, un documentaire diffusé par Mediapart

Mahalia Jackson, New Orleans Jazz Festival, Avril 1970

Tant que les lapins n'auront pas d'historiens, ce seront les chasseurs qui donneront leur version de l’histoire. Le jeune juif américain Howard Zinn, dont les parents viennent de l'Empire austro-hongrois pour son père, de Sibérie pour sa mère, découvre très jeune les monstruosités de la guerre et devient l’historien des oubliés, des perdants : son Histoire populaire des Etats-Unis est une mine pour tous ceux qui refusent d'écouter la voix des maîtres.

Mediapart offre ce mois-ci aux abonnés de découvrir le film Howard Zinn, une histoire populaire américaine (Première partie) // Réalisation : Olivier Azam & Daniel Mermet, 2015.

#NUITDEBOUT, Bordeaux, 40 mars

Ce samedi soir à Bordeaux les uns courent dans toute la ville, toujours plus vite, avec effort, un marathon acclamé par les badauds, les autres boivent un verre suivant leur habitude, dans leur bar préféré.

Et d'autres encore choisissent de s'arrêter, de s'asseoir, et de réfléchir. Et c'est loin d'être triste !

Place de la République, nous sommes une bonne centaine à 18 heures, souriant simplement d'être là, sous le regard attendri de Montesquieu qui trône sur le Palais de Justice.

Au fil du temps nous serons plus de mille, et la joie d'être ensemble n'en sera qu'accrue.

Mylène est là, dans son fauteuil roulant, seule, "debout" à l'intérieur me dit-elle : posture morale qui signifie éveillée, déterminée, engagée.

Marc a laissé la famille à la maison, pour cette première rencontre informelle des forces citoyennes qu'il attend depuis des années.

Aline, Ali, Camille... sont invités à prendre la parole, et chacun exprime ses émotions, d'abord, (espoir, colère, exaspération...), mais aussi son analyse très personnelle de la situation française, européenne, mondiale.  La loi El-Khomri, goutte d'eau, très symbolique : sous impulsion européenne les pantins au gouvernement (Valls revient souvent comme féroce animal politicien) sont sommés d'abolir un droit du travail encombrant, pour rendre les travailleurs aussi fragiles que les ouvriers du XIXème siècle qui vendaient leur force de travail au plus offrant.

Repenser le travail, certes, mais aussi :

  • survivre face à l'adversité,
  • oser la poésie et cultiver l'imaginaire,
  • exprimer la solidarité avec les personnes en migrations,
  • se battre pour l'écologie en unissant les luttes européennes, à la manière des militants qui viennent de bloquer à Pau un congrès sur les hydrocarbures
  • appel à la parole des femmes, toujours bien moins nombreuses que les hommes au micro (je remarque que deux d'entre elles viennent lire les paroles qu'elles ont recueillies dans la foule, et que deux autres veillent à ce que la place demeure propre...)
  • indignation devant le pouvoir des 1% que mettent en lumière les Panama Papers,
  • image de la France figure d'espoir pour la jeunesse opprimée à l'échelle mondiale,
  • proposition d'une commission langage pour reprendre en main nos discours manipulés,
  • désir de démocratie, d'une reprise du pouvoir par tous pour une vie pleine, sortir du carcan de l'homo economicus qui ne cherche sur son intérêt, alors qu'il est aussi capable d'AMOUR...

Les 99% s'insurgent, un homme explique que l'élite mondialisée est pétrie de croyance et n'a pas de recul par rapport au système. Ici c'est une pensée vivante, critique, qui est convoquée. L'éducation des enfants revient souvent : un petit bonhomme de 12 ans vient nous dire qu'il réclame du travail pour tous !

La soirée se poursuit et les canapés apportés par les associatifs accueillent...

Rémi, qui a fait 80 km pour dire que chacun peut changer de vie, de travail, de nourriture, question de prise de conscience !

Sophia, doctorante en philosophie qui raconte sa stupeur d'assister en direct sur Periscope aux affrontements sur la Place de la Nation, les insurgés (et non les casseurs, souligne t-elle) déterrant les pavés à coups de marteau,

Charles, sexagénaire, costume chic, qui fronce le sourcil en entendant sa voisine applaudir l'évocation du livre A nos amis du Comité invisible : "bon niveau, mais trop inégal".

On en appelle à la démission du gouvernement, à plusieurs reprises. Une femme écrit à la craie bleue sur le trottoir : "Le pouvoir ne se possède pas, il s'exerce".  Comment trouver des moyens pour exercer ce pouvoir que les citoyens debout frémissent de sentir enfin, dans leur parole libérée ? Un élu brave la vindicte populaire : c'est Pierre, avocat, qui pose sous un panneau malicieusement intitulé "marre d'être gouverné par des cons". Il me dit que prendre les places, être nombreux, est une action réelle qui embarrasse profondément le gouvernement.

22 heures 30, "Merci Patron" est projeté sur les grilles du Palais de Justice. Quelques leçons pour commencer la lutte. On se reverra demain : 14 heures pour les commissions, 18 heures pour l'AG. La ferveur est grande.

Nucléaire, pour combien de temps ? Pour toujours.


Statue de Jacques Chaban-Delmas, Bordeaux, manifestation pour commémorer le début des catastrophes de
 Tchernobyl (30 ans) et Fukushima (5 ans)

Une nation civilisée

Ce mois-là, ce jour là,
Sur cet atoll de Bikini
Qu’est-il advenu, je l’ignore,
Je sais bien que quelque chose a eu lieu.
Je sais que sont venues, à cause de cela, des cendres et de la pluie radioactive ;
Que des pêcheurs aussi ont perdu leurs globules sanguins.
Et je sais, qu’à cause de cela encore, il n’y a point pour eux d’espoir de guérison.
Je sais que le Courant Noir qui passe, nuit à l’humanité.
Je connais le nom de cette nation civilisée qui le créa.
Ce qui est survenu sur cet atoll de Bikini, je l’ignore.
Que cela ait privé de leur commerce les pêcheurs;
Que cela ait privé de leur baignade les enfants;
Que cela ait supprimé poissons, légumes et eaux de nos tables…
Tout cela, je le sais…
Qui ceux qui en souffrirent ne furent pas ceux de cette nation civilisée,
Ni leurs enfants, je le sais.
Ce qui s’est passé sur cet atoll de Bikini, je l’ignore.
Toutefois, je sais qu’il y est survenu quelque chose.
Je sais que, finalement, cela privera de la vie ceux qui désirent la paix.
Réalisé par elle,
Elle a été calmement indifférente comme si de rien n’était…
Je connais le nom de cette nation civilisée.

Kondo Azuma, né en 1904 au Japon

Pour connaitre les actions menées à Bordeaux et disposer d'informations fiables concernant la question nucléaire et la centrale du Blayais (45 km de Bordeaux, 35 ans d'activité) visitez le site de l'association Tchernoblaye.

Clartés d'Ali Benmakhlouf

"Notre monde complexe a besoin de clarté, pas de simplification" a expliqué le philosophe Ali Benmakhlouf, invité à Bordeaux pour un débat public au TNBA jeudi 4 février dernier. L'éclairage du grand érudit, spécialiste de philosophie arabe mais aussi de Montaigne ou de logique contemporaine, est apparu si riche qu'il convient d'en livrer quelques bribes, en attendant le partage de la vidéo sur le site de Mollat, co-organisateur de l’événement.

Embrasser toute l'histoire de la philosophie autorise la rectification des certains dévoiements : ainsi certains mots sont capturés au cours du temps et deviennent "mal famés".

C'est le cas du mot charia ou charî'a (الشَّرِيعَة), dont le sens a été progressivement aligné sur la captation faite par les fondamentalistes musulmans contemporains. Pourtant, la Charia ne désigne pas, explique le philosophe, la loi venue de Dieu : seul le discours simpliste amène cette perte de sens. Selon les quatre écoles juridiques qui recherchent à partir du IXème siècle les fondements de la loi, le texte coranique n'est pas la loi ! C'est "un ensemble de versets et non une norme juridique". Le Coran "est une source, et non un contenu." Impossible donc de dire que le Coran interdit telle ou telle pratique, ou punit par tel châtiment tel crime. La Charia doit être convertie en lois, la loi divine inspire les hommes pour créer les lois humaines. La Charia est donc "une injonction à connaître", à s'adapter à notre monde : c'est un programme de connaissance.

Pourquoi alors en faire une loi "positive" ? L’historien et philosophe du XIVème siècle Ibn Khaldun explique que ce sont les hommes qui justifient leur pouvoir en voulant figer la loi : venant de Dieu, elle devient immuable. Or tout comme Jésus, le prophète Mahomet a un pouvoir spirituel et non un pouvoir politique.

Ali Benmakhlouf souligne le tournant qu'a représenté la révolution islamique iranienne dans ce rapt langagier : ainsi du terme fatwā (فتوى‎) rendu célèbre par l'appel de l'ayatollah Khomeiny lancé contre l'écrivain Salman Rushdie : "Khomeiny a fait la capture de ce mot. Son rapt a donné ce que vous savez. C'était la première fois en mille ans d'histoire : il ne faut pas confondre Khomeiny avec mille ans d’histoire ! " Le philosophe fait partie du Comité consultatif national d'éthique : il explique que ce comité a précisément pour rôle de donner des fatwa, des consultations : quand un juge est à cours d'argument, il fait appel à un érudit qui rend un avis, une fatwa !

Quant au terme Djihad ou Jihad ( جهاد‎), il vient de la racine arabe désignant l'effort : des califes abbasides se sont appropriés le terme en disant "avec la conquête nous faisons le Djihad, nous propageons l'Islam". Or Ibn Khaldoun expliqua que la contrainte n'est pas religion : le Djihad ne peut pas être contrainte. Il n'est qu'effort de l'individu sur lui-même pour approfondir sa religion. Et Ali Benmakhlouf de résumer : "Mieux vaut laisser les idées mourir que les hommes."

Rappelant le message d'Averroès, "la vérité ne se monopolise pas, elle se partage", Ali Benmakhlouf nous aide à relire l'histoire de l'humanité : les cultures sont interconnectées, à l'image de Bagdad et Cordoue dont les grands penseurs incorporent la philosophie grecque et l'offrent en héritage aux universités européennes du XIIIème siècle.  Oublier cet héritage c'est alimenter la dangereuse fiction de cultures rivales et irréconciliables. C'est aussi alimenter la haine qui se nourrit de l’ignorance.

"Croire que la liberté vient de la connaissance, c'est ce que disent tous les philosophes." L'analphabétisme constitue ainsi pour Ali Benmakhlouf "un crime contre l'humanité". Il rappelle que le Maroc compte 40 % d'analphabètes, que les petites filles du monde rural arrêtent leur scolarité à neuf ans en raison du manque d'infrastructures de transport. "Il n'y a que l'éducation qui permet de se réapproprier son destin." La connaissance permet de se penser comme "membre de l'humanité", de voir sa localité "avec les yeux du reste de l'humanité".

Cet appel à l'intelligence, à la sagesse et au savoir a résonné dans l'auditoire qui a longuement applaudi l'humble philosophe, ambassadeur de la paix entre les hommes.

Pour approfondir :Pourquoi lire les philosophes arabes ? Ali Benmakhlouf, Albin Michel, 2015

Six millions de traîtres à la démocratie


Aux six millions d’individus qui se sont cru malins, hier, plaçant leur petit papier revanchard dans l’urne électorale, je n’entends pas proposer une énième analyse socio-économique : elles pullulent depuis des années dans tous les journaux, oubliant de signaler que cette montée inexorable du FN c’est la lente mais certaine décadence des Français qui s’avachissent dans la peur, la colère et le ressentiment.
J’oserai aussi les qualifier de traîtres, car du haut de leur petite tribune d’électeurs frustrés ils offensent cette démocratie, cette patrie dont ils arborent fièrement le drapeau, celle de Charlie, celle de ceux du Bataclan, la patrie Black Blanc Beur qu’ils aiment applaudir par millions quand elle reste derrière leur foutue télé.

Un souvenir de jeunesse

Dans les années 1990 le maire de Boulogne, Hauts de Seine, tout RPR qu’il fût, autorisa la tenue à l’hôtel de ville d’un meeting du Front National. La population de la ville – sa jeunesse en tout cas – avait manifesté sur le Boulevard Jean Jaurès, en nombre. Accompagnée d’un ami polonais, j’avais moi-même passé les cordons de sécurité qui bloquaient les abords de l’hôtel de ville : nous étions parvenus, seuls, sur le parvis. Très vite encerclés par une bonne centaine de militants qui avaient repéré nos brassards « Anti-fascisme », nous n’en menions pas large. Les jeunes FN se mirent à nous parler, essayant de nous convaincre de venir assister au meeting, nous petits blonds aux yeux clairs. Identifiant soudain l’accent de mon ami, l’un d’eux osa une mémorable boutade :
Ah tu es Polonais ! Bienvenue mon ami ! On peut t’applaudir ! Vous les Polonais vous avez tué des millions de Juifs !
Et tous de partir dans un grand éclat de rire général.
C’est alors qu’apparut Paul, un copain du quartier, qui s’approcha de nous pour nous embrasser :
Cela fait plaisir de vous voir là ; on est au moins trois !
L’accolade ne dura qu’une seconde car Paul se prit brutalement un coup de poing en pleine face, il se mit à pisser le sang, tombant à terre au milieu des brutes. Mon ami et moi l’aidâmes à se relever. Nous partîmes à toutes jambes, continuant à échanger insultes de notre côté, menaces de l’autre.

Voilà pour qui votent les électeurs du Front National : ces jeunes qui se félicitaient de l’assassinat de six millions de Juifs et n’hésitaient pas à frapper trois jeunes gens en pleine place publique avaient 20 ans dans les années 1990. Ils en ont maintenant 45 et trinquent aujourd’hui à la Haine,  triomphants.
Chacun est responsable de ses opinions : il sera bientôt trop tard, quand le pays sera déchiré,  à feux et à sang, de dire qu’on ne savait pas.

Alors il n’y aura plus de 13 novembre car il n’y aura plus de salles de spectacles. Il n’y aura plus de 7 janvier, car il n’y aura plus de journaux indépendants. Du chômage, de la misère, il y en aura encore. Les terroristes ? Ils reviendront, quant à eux, victorieux devant notre vieille démocratie, exsangue.

"Du bluff technologique à l'esbroufe artistique", par des habitants de la ZAC Euratlantique

CONTRE LES PROJETS D'ART CONTEMPORAIN
DE LA COMMANDE GARONNE, ET EN PARTICULIER LA MISE AU PUITS DE L'ŒUVRE DE JACQUES ELLUL PAR SUZANNE TREISTER
Décidément, les aménageurs n'en peuvent plus d'attentions envers les aménagés. Après la commande artistique Tramway (3 millions d'euros pour les deux premières tranches) qui nous a déjà valu une douzaine d'« œuvres » aussi ridicules que prétentieuses, Bordeaux Métropole (ex-CUB) nous annonce sa nouvelle commande Garonne (12 artistes, 8 millions d'euros) censée agrémenter nos rives dès l'an prochain.
Parmi les projets retenus par un petit cénacle d'oligarques (on ne va tout de même pas demander son avis à la populace), un monumental orgue à 36 sifflets qui fonctionnerait grâce aux rejets de vapeur de l'usine de retraitement des déchets de Règles et qui nous donnerait, la chose peut être utile, l'heure de la pleine mer. « C'est une œuvre très complexe techniquement », nous prévient la réalisation artistique, qui ajoute: « L'usine et l'œuvre vont faire corps. » Le mariage de l'Art et de l'Industrie: on ne vous l'a pas soufflé. Quant à M. Duchêne, aménageur en chef à la Métropole, il nous affirme que ce protêt « apporte une certaine forme de poésie dans une zone industrielle qui ne s'y prête pas forcément ». La poésie des ordures... on en est tout émus. Mais le gros lot, c'est une artiste anglaise, Suzanne Treister, qui l'emporte avec son triptyque à 1,5 million d'euros. Bingo !


La première des trois œuvres, une bibliothèque d'ouvrages de science-fiction, sera installée dans le grand équatorial de l'observatoire de Floirac. Six étagères murales, ça ne mange pas de pain, mais pourra-t-on emprunter les livres ? Combien ? Aucune information à ce sujet sur le site de Bordeaux Métropole, où l'on apprend toutefois que Suzanne Treister, après maints gribouillis psychédéliques, est « devenue une pionnière dans le champ du digital au début des années 90, en proposant des travaux autour des nouvelles technologies, et en développant des mondes fictifs et des organisations collaboratives internationales », et quelle a élaboré « par le biais de nombreux médias - vidéo, Internet, technologies interactives... - un large ensemble de travaux qui intègrent les récits excentriques et les champs de recherche non conventionnels, afin de révéler les structures qui relient le pouvoir, l'identité et le savoir ». On n'y comprend pas grand-chose mais qu'importe, on sent tout de suite que c'est du lourd. "Ses projets comprennent des réinterprétations fantastiques des taxonomies données et des histoires qui examinent l'existence de forces secrètes, invisibles et à l'œuvre dans le monde, qu'il s'agisse de celui de l'entreprise, du militaire ou du paranormal" Mazette! Et, en effet, la dame ne cache pas son goût pour l'occultisme, les sociétés secrètes, le spiritisme..., et se flatte d'avoir conçu un jeu de tarots ésotérico-subversif intégrant les figures d'Adorno, Arendt, Thoreau, Unabomber, Huxley, Zerzan, Mumford... mais, curieusement, pas celle d'Ellul.


La deuxième œuvre commence à faire des remous aux Bassins à flot où elle doit être installée - et l'on comprend la fureur des habitants et plaisanciers qui devraient vivre à côté de cette sale bestiole si le projet devait se réaliser : il s'agit d'édifier dans un des bassins une « rutilante » soucoupe volante « Vril », de 15 mètres de diamètre, prétendument à partir des tôles rouillées d'une épave coulée en 1944 par les nazis, ainsi que Mrs. Treister l'écrit sur son site: « j'ai eu l'idée d'extraire un de ces navires de la Garonne et de le transformer en quelque chose d'autre, pour donner chair au processus de transformation physique de mutation de la ville. » Pose également quelques problèmes l'inspiration de cette œuvre: La Race future - cette utopie technologique publiée en 1870 par l'écrivain Bulwer-Lytton qui met en scène un peuple souterrain surdoué, dopé grâce à une force obscure nommée le vril -, un roman de science-fiction qui aurait influencé les occultistes allemands du début du XXème siècle et inspiré certaines sectes prénazies.
Pour sa défense, notre artiste dit avoir eu « la vision d'un de ces navires de guerre transformé en une navette spatiale "Vril" rutilante, n'étant plus un fantasme de puissance et de contrôle catalysé par une guerre nazie, mais devenant à présent un vaisseau spatial français, dynamisant l'histoire, la transposant dans l'époque actuelle et l'orientant vers un avenir hypothétique ». « Autre point important, l'histoire idéologique du "Vril" et de la "puissance du Vril" véhicule des idées qui pourraient être néfastes et déclencher des guerres, et cette histoire est inévitablement intégrée à la sculpture "Vril" afin de rappeler les conséquences désastreuses potentielles de la science et de la technologie. » Propos bien confus, qui montrent que l'artiste a de toute urgence besoin d'un critique attitré, puisque dans l'art contemporain ils fonctionnent en binôme, l'un étant chargé d'expliquer le travail de l'autre. « Le critique d'art est un agent publicitaire de l'art moderne », écrit Jacques Ellul, son rôle « consiste à faire dire quelque chose à l'objet placé là, à dévoiler le sens de ce non-sens, à dénoter des symboles dans une sarabande aberrante ». Quant à l'embryon de critique quelle émet sur les « conséquences désastreuses potentielles de la science et de la technologie », son créneau artistico-commercial, il ne s'agit, comme nous le rappelle encore Ellul, que de « contester le superficiel de la technique, par exemple la mécanisation de la vie, ou la rationalité, la culture industrielle, la fausse clarté, pour promouvoir l'obscur, la symbolique (hélas, pseudo-symbolique!), l'irrationnel, l'impulsion. Cependant qu'en fait ce même art se rapproche de la structure essentielle de ce à quoi il s'oppose explicitement superficiellement, et devient contradictoire à son propre message, à son propre dessein. »


Le troisième projet se veut donc un hommage à EIIul, le contempteur du système technicien. un peu particulier puisqu'il s'agit de placer ses ouvrages au cœur d'un mausolée verdâtre (la louche artistique sans doute) - réplique du Belvédère du Petit Trianon de Versailles - dénommé « Le Puits ». S'agirait-il de noyer les livres, comme d'autres les brûlaient ? Non. bien sûr, de les sauver grâce à la Technique. Écoutons l'artiste : « J'envisage d'installer au centre de ce pavillon un puits descendant dans les eaux de la Garonne, ces eaux qui, sans l'aide de la technologie, pourraient remonter et jaillir comme une fontaine dans le pavillon et détruire les livres de la bibliothèque, créant et représentant une tension physique des idées... " Ceux qui ont lu Ellul entendent l'éclat de rire et imaginent la repartie qui auraient suivi la lecture de cette phrase. Des années 30 à sa mort en 1994, il n'a cessé avec son ami Charbonneau de pourfendre le démontrant sans relâche combien ces technologies posent plus de problèmes quelles n'en résolvent et comment. à chaque nouveau problème par ta causé par la Technique s'ensuit une autre réponse technique, accélérant ainsi la fuite en avant vers l'abîme. Ce ne sont donc ni des extraterrestres ni la méga-technologie qui pourraient permettre de sauver Bordeaux des eaux mais l'arrêt du bétonnage et de l'urbanisation cancéreuse, le respect des zones humides, la désindustrialisation, un changement radical dans la production et la consommation, d'autres manières de vivre.
« J'ai ensuite été frappée par l'ironie de la situation, car la ville qu'il aimait tant pourrait disparaître sans les technologies complexes qui étaient pour lui idéologiquement problématiques. Bien entendu, on rencontre de telles contradictions partout...» ajoute-t-elle sans vergogne. Puisque Mrs. Treister prétend mettre lacques Ellul devant des "contradictions" imaginaires, nous allons la placer devant les siennes propres, qui sont bien réelles. À celle qui affirme « admirer les idées » du Pessacais, qu'elle semble avoir bien peu lu, nous offrons avec plaisir quelques citations tirées de L'Empire du non-sens, écrit en 1980, qui auraient pu lui être adressées personnellement.

"Mais lorsque l'on passe à l'explicitation de l'auteur, on arrive à un niveau consternant. Nous avons un "message" d'une absence d'intérêt radicales.  Adorno aurait dit : "Débilité mentale" [...] Nous avons deux orientations. D'un côté une accumulation de termes tirés des sciences humaines (imitation Lacan on Derrida). De l'autre un prêchi-prêcha de gauche simplement dérisoire, d'une banalité consternante (...). Formules et réflexions d'un manque de sérieux, de profondeur, d'originalité, de spécificité, proprement atterrant ! Nous sommes affligés par un bavardage intarissable, pompeux et plein d'autosatisfaction de tous ces artistes se pavanant de la profondeur de leurs œuvres. »
"[l'Art contemporain] est dans ses moyens incomparablement plus coûteux que ne le furent les cathédrales. Or, cet art qui exprime directement le système technicien (dans un de ses traits majeurs : la transgression) se veut, et c'est la première contradiction que nous allons rencontrer, contestataire, protestataire, révolutionnaire. »
« Ce qui quand même devrait donner à méditer : ou bien on attaque vraiment la société, et alors comment se fait-il qu'elle décore les révolutionnaires, les couvre d'or et de lauriers, ou bien l'attaque se ferait-elle dans le vide, ne serait-elle qu'une apparence, un faux-semblant ? Et la société paiera d'autant plus pour que l'on évite ce qui la mettrait vraiment en danger. Mais cela ne trouble pas nos artistes : ils ont tout, la bonne conscience révolutionnaire et la réussite sociale.
»
« L'art est en permanence complice de cette société-ci (totalitaire, absolue parce que technicienne). [...] Il est un processus de justification de l'homme, qui ne se met plus en question autrement que par l'art, c'est-à-dire que l'homme met tout en question sauf l'essentiel (l'essentiel n'étant plus Dieu ni la morale, mais la technique et la puissance). Et cet art est non seulement porteur de cette idéologie, expression du voile et de la compensation, il est lui-même ce voile et cette compensation, il est lui-même idéologie. Or, ceci est d'autant plus remarquable, et c'est en cela qu'il a une place de choix dans le processus idéologique moderne, qu'il est lui-même une pièce essentielle du système technique. [...] Il est lui-même technique utilisant les techniques, il est une forme de premier plan du système technicien. II est producteur de l'illusion radicale, d'autant plus subtile qu'elle propage ce qu'elle voile, et c'est dans la mesure où il est davantage technicisé que le tour de passe-passe s'effectue. »
« Cet art formaliste et théoricien joue un double rôle, contradictoire : il fait profession d'être une révolte contre notre culture hyper mécanisée, hyper enrégimentée, mais il justifie en même temps les produits du système de puissance. Il acclimate l'homme à vivre dans ces villes, dans ce milieu, il le convainc que ce monde d'absurdités, de violence, d'anonymat est le seul monde possible. Il lui fait considérer comme normal, qui plus est, sommet du plus haut de l'art, la désintégration de l'homme, la vie dans les grands blocs (ceux que justement prépare la mégatechnologie). Il lui fait considérer comme absurde toute protestation contre cet environnement. Il lui fait accepter comme l'être même ce qui est sa négation. »


And so on... « Acclimater l'homme à sa désintégration »: ce n'est pas un hasard si ces œuvres doivent être implantées dans les nouvelles zones d'aménagement « concerté » édifiées à la gloire de la Technique : Euratlantique et les Bassins à flot. Entre la grosse godasse de la Cité du vin à Bacalan et la cuvette à chiotte de la salle de spectacles de Floirac, elles en seront les nouveaux totems, des marqueurs sociaux pour classes en mutation, des fonds de selfies pour touristes. Si les Bordelais laissent faire."

Des habitants de la ZAC Euratlantique Bordeaux, le 11 novembre 2015

Notre mer, par Erri de Luca

Notre mer, qui n'es pas au ciel et qui embrasse les confins de l'île et du monde, béni soit ton sel, bénis soient tes fonds. Accueille les bateaux surbondés sans une route sur tes vagues, pêcheurs sortis dans la nuit, leurs filets parmi tes créatures, qui reviennent le matin avec la pêche des naufragés sauvés.


Notre mer qui n'es pas au ciel, à l'aube tu as la couleur du blé, au couchant du raisin de la vendange. Nous t'avons semée de noyés plus que tout autre âge de tempêtes.


Notre mer qui n'es pas au ciel, tu es plus juste que la terre ferme même quand tu élèves des vagues comme des murs puis les abaisses en tapis. Garde les vies, les vies tombées comme des feuilles dans l'allée, sois pour elles un automne, une caresse, une étreinte, un baiser au front, une mère, un père avant le départ.

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