Le Flog - Cultures et actualités politiques

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2017

Glanage poétique pour l'hiver


Depuis le Printemps des poètes de mars 2016, Philosphères a déclaré l'état d'urgence poétique...

...à l'invitation de Pier Paolo Pasolini dans Traitement (in la Rage) :

"Que s'est-il passé dans le monde, après la guerre et l'après-guerre ?
La normalité.
Oui, la normalité. Dans l'état de normalité, on ne regarde pas autour de soi : tout autour se présente comme "normal", privé de l'excitation et l'émotion des années d’urgence.  L'homme tend à s’assoupir dans sa propre normalité, il oublie de réfléchir sur soi, perd l’habitude de se juger, ne sait plus se demander qui il est.
C'est alors qu'il faut créer, artificiellement, l'état d'urgence : ce sont les poètes qui s'en chargent. Les poètes, ces éternels indignés, ces champions de la rage intellectuelle, de la furie philosophie."

Dimanche 4 décembre 2016 de 10 heures à 16 heures, Philosphères ouvrira un espace de
construction poétique pour tous : ateliers d'écriture et lectures pour petits et grands !
A l'occasion du Marché de la Saint Nicolas de l’association "le 4 de Bordeaux", Place Amédée Larrieu venez vous réchauffer au creux des mots !

Les autres associations résidentes du Zest' (76 rue de Pessac) vous proposeront :

Samedi à partir de 16h30 : Micro-trottoir de Noël avec la webradio participative et solidaire tooBordo.net.

Samedi & dimanche à partir de 15h00 : Atelier fabrication de décorations de Noël pour le sapin de la Place et la vitrine du Zest', avec l'association les Briz'Carro.

Bienvenue à tous !

Sud Ouest, 1er novembre 2016

Conte et magie : deux ateliers pour enfants à Cubnezais en Gironde le mercredi 26 octobre 2016

Florence Louis et Zaz' Rosnet ont eu le plaisir d'animer pour l'association Philosphères deux ateliers philosophiques pour enfants à Cubnezais le 26 octobre, autour du spectacle Le coffre enchanté. L'album est écrit par Jean-François Chabas et illustré par David Sala, (Casterman).

Monté par les bibliothécaires du réseau de la Communauté de communes latitude Nord Gironde, le spectacle de marionnettes a enchanté le public, fasciné par les aventures d'un Empereur violent et possessif qui cherche désespérément à ouvrir un coffre qu'il croit rempli de trésors...Après avoir fait fouetter plusieurs personnages (l'homme fort, l'alchimiste, la magicienne, le serrurier) qui ne parviennent pas à forcer le coffre, un marmiton lui envoie un lynx, réputé voir à travers les choses : l'animal rusé fait croire à l’empereur que le coffre contient moult trésors. Ce dernier, ravi, fait monter la garde auprès du coffre et garantit la protection du félin et de toute espèce."Ce que nous croyons posséder ne compte t-il pas autant à nos yeux que ce nous possédons vraiment ?"

Après la représentation, 18 enfants de 7 à 12 ans se sont réunis : il s'est agi de faire surgir une question suscitée par le spectacle. Le groupe a classé les questions en plusieurs catégories :

- questions techniques, autour des moyens relatifs au spectacle ;

- questions autour du sens de l'histoire ;

- questions autour de l'empereur, et notamment : pourquoi il y a t-il des rois ?

- questions autour de la magie et du conte : pourquoi le coffre ne s’ouvre t-il pas ? qu'est-ce qu'un conte ?  ;

- question sur la raison pour laquelle certains enfants n'avaient pas de question...

C'est finalement la question sur la magie qui a recueilli le plus de vote (12), devant celle sur le roi (10) et celle sur les enfants sans question (10). Invités à choisir une question finale, tous ont choisi de répondre à la première ! Et le groupe s'est séparé en deux, installés confortablement dans deux salles distinctes.

Le premier groupe a spontanément interrogé le rapport entre magie et technique : "la magie, c'est de la technique". Vraiment ? Est très vite apparue la notion d'imaginaire, la magie on l'imagine, ce n'est pas réel, ce n'est pas possible. "Ou rarement" ! Dans l'imaginaire, il y a "pleins de possibles".

Pourquoi utilise t-on la magie ? "Pour plaire aux gens à la télé". "Est-ce que Joséphine disparait vraiment ? demande une fillette. Ce sont des "trucages" répondent les autres. "Cela ressemble à de la magie, mais en fait c'est de la technique..." "Et les arc-en-ciels ? C'est de la pluie avec du soleil" Ni magie, ni technique, les arcs-en-ciel relèvent de la sphère de la science, qui vise le savoir : comprendre les planètes, en classe. La chimie, c'est de la science, l'alchimie aussi : l'intervenante précise la différence historique entre chimie et alchimie.

La technique, elle, n'est qu'affaire de moyens en vue d'une finalité que chacun peut définir.

La science a t-elle à voir avec l'imaginaire ? Oui, parce que rêver c'est aussi inventer. On rêve à "pleins de choses" et après ça peut devenir réel : "comme les garçons qui rêvent de devenir joueur de foot professionnel".

Mais enfin, pourquoi le coffre ne s'ouvre t-il pas ? Les premières réponses (parce qu'il est en fer très dur, parce que l'homme fort n'est pas assez fort...) sont reléguées à la sphère technique. "Pour le suspens" répond un autre. "Pour l'histoire" ajoute une dernière. "Parce qu'il n'y a rien dedans et que le lynx le sait : il ne veut pas se faire fouetter alors il ment". Les enfants rejettent tous l'idée qu'il ait eu raison de mentir : le mensonge est vu comme interdit, absolument. Mentir finit toujours par retomber sur le menteur, en le punissant encore plus... Mais si on croise un individu très laid dans la rue, faut-il lui dire qu'il est laid ? On distingue le fait de ne rien dire, ce qui semble sage, et le fait de lui dire qu'il est beau, là serait le vrai mensonge ! Une petite fille qui jusqu'à là n'avait rien dit, se lance et conclut : "Les adultes nous interdissent dans tous les cas de mentir, alors que depuis notre naissance ils nous mentent, avec l'histoire du Père Noël par exemple. Faut-il dire aux petits que le Père Noël n'existe pas ?"

Les deux groupes se retrouvent pour échanger l'aboutissement de leurs réflexions. Chacun est invité à lancer un mot dans la mêlée : rêve, imagination, technique, coffre, roi, reine, prince, argent, alchimie, instructif, question, multitude, enchanté... Après de telles gymnastiques, les ventres crient famine, l'heure du repas arrive, il est temps de se quitter !

Des mots dans les arbres : un parcours philosophique illustré par Jacqueline Duhême

Trois après-midi Place Dormoy à Bordeaux dans le cadre des Mots dans les Arbres, quatre ateliers philosophiques pour les enfants autour d'un thème : GRANDIR !

L'immense illustratrice Jacqueline Duhême nous a accompagné à travers deux des textes de Paul Eluard qu'elle a illustrés : Grain d'Aile et l'Enfant qui ne voulait pas grandir, au cours de quatre ateliers philosophiques, une soixantaine d'enfants de 7 à 12 ans.

Qu'est-ce que cela veut dire, grandir ?  Est-ce la même chose que vieillir ? Est-ce un mouvement continu, stable, ou une grande aventure qui implique le désir, le besoin, la peur, les autres ?

Les enfants distinguent aisément différentes manières de grandir : on grandit "en taille", dans le système scolaire et "dans sa tête". Si les adultes ne grandissent plus qu'en taille, ils peuvent encore "grandir dans leur tête" ! C'est parce qu'ils sont encore..."des enfants" ! Un exemple donné par un enfant de 9 ans : "Quand mon grand-père continue à me demander de porter un arrosoir trop lourd pour moi, je me dis qu'il pourrait quand même grandir un peu, et essayer de me comprendre !"

Qu'est-ce qui nous fait grandir ? Le besoin, le désir d'être indépendant, de "faire ce qu'on veut", d'avoir de l'argent, de travailler, d'avoir sa maison à soi. Mais certaines de ces motivations sont ambivalentes : les enfants arguent qu'on peut ne pas vouloir grandir parce que "travailler et payer des impôts, cela ne donne pas envie". C'est plus largement le monde des adultes qui pose problème : certains leur récusent toute liberté. Les adultes seraient esclaves de leur travail, de leurs obligations, voire d'un possible dictateur... Enfants et adultes ne seraient pas libres.

Le monde qui apparait dans les informations, à la télé et sur le Net est violent, menaçant, angoissant : cette guerre qui peut les engloutir, ces images de "la fête nationale et des feux d'artifice" (nous sommes la semaine qui suit les attentats de Nice), ces famines qui tuent par millions, les enfants y sont exposés et certains se demandent comment faire pour que leurs parents éteignent la télévision quand ils sont là. Ce spectacle du monde peut, à l'instar de Caroline dans le livre de Paul Eluard et Jacqueline Duhême, donner envie de rester dans un univers de l'enfance, loin des tracas des adultes.

Alors finalement, qu'est-ce qui pousse à grandir, malgré tout ? L'envie d'être comme ceux de son âge, de ne pas être exclu, de construire son propre univers, d'être indépendant, "tout en restant l'enfant de ses parents" précise Zoé...

Maxime N'Debeka, 980 000 : Nous sommes les 99%


Photo Florence Louis, Freedom Farm, Afrique du Sud

Encore une année

Grillant au soleil des œufs vides

Une année creuse

Une année qui ne porte

Aucune trace de temps

Une année qui n'a pas existé

Année méconnue

Hier elle boitillait

Aujourd’hui elle se raccourcit

Encore une année

Aussi petite qu'un atome

Prise et rongée par des ombres

Les jours ont raccourci

La lune perce à peine la nuit

Osera t-on demander au soleil

Pourquoi sa route est moins longue

Osera t-on demander à la lune

Si les couloirs de la nuit sont déserts

Osera t-on se demander

Pourquoi les seins des femmes sont secs

Pourquoi les fleuves ont tari

Pourquoi les greniers de la terre suintent

Pourquoi les réservoirs du ciel sont vides

Pourquoi la vie diminue

Pourquoi la vie diminue ici et

Pourquoi elle s'allonge là

Un côté ne nourrit-il pas un autre

Qui osera - Qui osera - Qui osera

Nous oserons

980 000 nous sommes

980 000 affamés

              brisés

              abrutis


Nous venons des usines

Nous venons des forêts

                    des campagnes

                    des rues

Avec des feux dans la gorge

        des crampes dans l'estomac

        des trous béants dans les yeux

        des varices le long du corps

Et des bras durs

Et des mains calleuses

Et des pieds comme du roc


980 000 Nous sommes

980 000 Ouvriers

              chômeurs

              et quelques étudiants

Qui n'ont plus droit qu'à une

             fraction de vie

L'usine produit

La terre est fertile

Deux plus deux, c'est bien

               quatre pourtant

De nuit comme de jour

La cheminée de Kinsoundi fume

De nuit comme de jour

le paysan songe à son champ

De nuit comme de jour

L'étudiant est tendu

Vers son diplôme

Année après année

Un milliard de plus

Mais pour nous la vie diminue

Les gorges sont des déserts

Les ventres des océans en colère

Les yeux des oubliettes

Les corps des oranges sucées

Nous venons des usines

Nous venons des forêts

                    des campagnes

                    des rues

Nous ne levons plus nos yeux

vers les étoiles du ciel

Nous avons brûlé nos prie-dieu

Pour éclairer les couloirs

       sombres de la terre

Nous venons à 980 000

Nous entrons sans frapper

Et apparaissent 20 000

20 000 prophètes

20 000 qui font des miracles

Mercedes dans leurs pieds

La soif désaltère

La faim nourrit bien

Des greniers bourrés

Pendent au bas du ventre

Jolis, jolis bien jolis miracles


Mais nous ferons nous-mêmes

                                             nos miracles

Nous ferons nous-mêmes

Pour nous-mêmes

                           nos miracles


Finis les jours raccourcis

nous ne voulons plus de mise à sac

                         plus de castes

                         plus de prophètes

                         plus d'ombres noires

                         plus de couloirs obscurs

                         plus de fonction publique gloutonne

Nous allons briser

tous les murs

nous allons briser

tous les couloirs

Où 20 000 se terrent

Où les greniers de la terre

Regorgent de tout notre riz

                  de toutes nos pommes de terre

                     de tout notre sucre

                       de tout notre tabac

                         de tous nos tissus

                           de toute notre vie

Venez, venez vous tous

           Paysans ouvriers

           Chômeurs étudiants

La terre est pour tous

20 000 s'en sont emparés

Mais nos têtes rasées

                      enfumées

                      calcinées

Saisissent tout de même

Aujourd'hui les mathématiques

Un million moins 20 000

Nous sommes 980 000

Nous sommes les plus forts

Arrachons notre part

Maxime N'Debeka, L'Oseille/Les citrons, Paris, L'Harmattan, 1975, in Anthologie africaine : poésie, Jacques Chevrier, Hatier, Paris, 1988.

Maxime N'Debeka est né à Brazzaville, Congo, en 1944.

Photo Florence Louis, Freedom Farm, Afrique du Sud


Atrée, par Tcharango

Être underground aura toujours été mon destin-grandiose.

Moi, Atrée, survivant de Tantale, qui dévora ses enfants en l'honneur des Dieux.

Moi qui, dans un souterrain et les pierres monumentales cherche un exutoire à ma fureur.

Moi qui, tyran de Mycène, chassait dans des chars légers des lions et qui fut un protecteur féroce et sanglant de son peuple, moi, mort à mon tour et admis dans l'Olympe, et spectateurs du supplice post-mortem de mon père sacrilège, moi, Atrée, je gis dans un tumulus lourd cerné de bloc mégalithiques dans le creux de la terre semi-aride de cette contrée de la Grèce. Je me suis battu d'aussi loin que porte ma mémoire, et ma lignée, les Atrides, se battrons aussi loin que la mémoire porte. Nous nous battons, même morts et recouverts d'un masque d'or, immortalisés par les aèdes et transcrits par Homère, notre foudre  sacrilège ensanglantera les récits mythologiques d'horreur et de fracas.

Moi, Atrée, qui observe l'immolation d'Iphigénie sa fille par Agamemnon en prévision de la campagne rude de Troie, puis le meurtre d'Agamemnon par Clytemnestre son épouse, femme aux passions violentes, et encore l'assassinat, qui confine au suicide, si personnel, si impensable car matricide d'Oreste sur Clytemnestre. Grinçons des dents en scrutant les noirs desseins des personnages tragiques, qui vivent et meurent pour la violence. Dans mon souterrain, à peine assez frais pour contenir ma rage, j'éructe de ma voix d'outre-tombe : « Fallait-il en venir jusque là pour inventer la tragédie ? ».

Moi, Atrée, cœur bouillant dans les entrailles de la Terre, il m'est impossible de me calmer. Après trois millénaires de repos et l'exhumation de mon caveau, une bouche démesurée hurle encore par ma voix sur les collines du Péloponnèse et dans les théâtres.

"Agis dans ton lieu, pense avec le monde"

La pensée d’Édouard Glissant (1928-2011) s'étend des tréfonds de la mer caraïbe aux mornes élégants d'une Martinique habitée par ses terres, ses feux, ses eaux et ses vents :  philosophie tellurique, qui ose réunir corps et esprit, humains et monde, poésie et rationalité.

Si la littérature a été la première à consacrer Glissant (prix Renaudot en 1958 pour La Lézarde au Seuil), c'est la philosophie qui le forme, de 1946 à 1953, à la Sorbonne. Pénétré des joutes qui opposent les philosophes depuis des siècles, c'est ostensiblement du côté d'Héraclite qu'il se tourne, préférant l'Obscur et sa poétique à la dialectique d'un Parménide. Il avance en prenant pied au fond de cet Océan atlantique jonché de cadavres qui ne devinrent africains qu'une fois embarqués vers un nouveau monde qu'ils ne connurent jamais. Glissant revendique des racines-rhizomes : à la différence d'une racine unique qui cherche la profondeur en tuant ce qui n'est pas elle,

à la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes.Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’Un ni au multiple. (Gilles Deleuze et Félix Guattari Mille Plateaux, Capitalisme et schizophrénie 2, Éditions de Minuit 1980

 

Tali, étude n°20

Alors que nous parvenons à la clôture de la conquête, cette recherche d'une terra incognita, à connaître, pénétrer, exploiter, l'heure est venue d'annoncer non une fin du monde apocalyptique, mais l'advenue du Tout-monde. Glissant offre une pensée tierce,

  • face au repli identitaire qui croit retrouver l’Être (dans la langue, dans une filiation, dans la révélation d'une Dieu unique, qu'il soit juif, chrétien ou musulman) et sacrifie la Relation (aux autres, au monde, à soi),
  • face à la mondialisation, aux multinationales qui standardisent, homogénéisent le divers en une bouillie informe, médiatisée, qui nous donne l'illusion de connaître le réel.

Entrer en mondialité : ouvrir les imaginaires pour qu'ils s’imprègnent des détails qui interpellent la totalité, des différences de l'être-comme-étant en lieu et place de l’Être absolu qui se veut seul légitime, des multiplicités chatoyantes toujours en relation avec tout le reste. Créations, résistances à l'uniformisation, créolisation comme procédé à l’œuvre en tous lieux : "La différence est le tissu du vivant et la toile du monde" (PR).

Édouard Glissant nous emporte dans son sillage aux mille dessins, nous délaissons les murs, la force et la fixité. Nous retrouvons l'audace d'"une philosophie errante, dont les pôles et les points d'échange se déplaceraient sans cesse" (PR) , depuis notre jardin jusqu’aux confins des glaces, du XXIème siècle jusqu'aux lointains commencements.

La philosophie ne "doit surtout pas être oraculaire" prévient Claudine Tiercelin,  fer de lance d'une métaphysique qui se veut scientifique : partisan d'une pensée de l'imprévisible, du tremblement, Glissant lève l'interdit et ose un "cri d'utopie"  :  ses écrits sonnent comme des oracles, et certains, comme Alexandre Leupin, pensent qu'il nous faudra encore des siècles pour les déchiffrer.

Outre le théâtre, les poèmes, les romans, la collection blanche de Gallimard accueille plusieurs essais d'Edouard Glissant, et notamment :

Philosophie de la relation, 2009

Traité du tout-monde, 1997

Introduction à une poétique du divers, 1995

Goûter Philo Parents enfants 4 mai 2016

En amont de la deuxième Nuit des idées qui se déroulera le 20 mai à Bordeaux, le TNBA propose des goûters philosophiques au café associatif le Petit Grain, Place Dormoy à Bordeaux.

Philosphères animera l'atelier du mercredi 4 mai à 16 heures 30. C'est gratuit, ouvert à tous : parents et enfants à partir de 7/8ans.

Nous retiendrons le thème du temps, à partir de l'album Et avant, de CharlElie Couture, illustré par Serge Bloch (Ed. Sarbacane).

Deux autres ateliers se tiendront les 13 et 18 mai à 16 heures 30 : ils seront animés par Aurélie Armellini, médiatrice culturelle.

Bienvenue à tous !

#NUITDEBOUT, Bordeaux, 40 mars

Ce samedi soir à Bordeaux les uns courent dans toute la ville, toujours plus vite, avec effort, un marathon acclamé par les badauds, les autres boivent un verre suivant leur habitude, dans leur bar préféré.

Et d'autres encore choisissent de s'arrêter, de s'asseoir, et de réfléchir. Et c'est loin d'être triste !

Place de la République, nous sommes une bonne centaine à 18 heures, souriant simplement d'être là, sous le regard attendri de Montesquieu qui trône sur le Palais de Justice.

Au fil du temps nous serons plus de mille, et la joie d'être ensemble n'en sera qu'accrue.

Mylène est là, dans son fauteuil roulant, seule, "debout" à l'intérieur me dit-elle : posture morale qui signifie éveillée, déterminée, engagée.

Marc a laissé la famille à la maison, pour cette première rencontre informelle des forces citoyennes qu'il attend depuis des années.

Aline, Ali, Camille... sont invités à prendre la parole, et chacun exprime ses émotions, d'abord, (espoir, colère, exaspération...), mais aussi son analyse très personnelle de la situation française, européenne, mondiale.  La loi El-Khomri, goutte d'eau, très symbolique : sous impulsion européenne les pantins au gouvernement (Valls revient souvent comme féroce animal politicien) sont sommés d'abolir un droit du travail encombrant, pour rendre les travailleurs aussi fragiles que les ouvriers du XIXème siècle qui vendaient leur force de travail au plus offrant.

Repenser le travail, certes, mais aussi :

  • survivre face à l'adversité,
  • oser la poésie et cultiver l'imaginaire,
  • exprimer la solidarité avec les personnes en migrations,
  • se battre pour l'écologie en unissant les luttes européennes, à la manière des militants qui viennent de bloquer à Pau un congrès sur les hydrocarbures
  • appel à la parole des femmes, toujours bien moins nombreuses que les hommes au micro (je remarque que deux d'entre elles viennent lire les paroles qu'elles ont recueillies dans la foule, et que deux autres veillent à ce que la place demeure propre...)
  • indignation devant le pouvoir des 1% que mettent en lumière les Panama Papers,
  • image de la France figure d'espoir pour la jeunesse opprimée à l'échelle mondiale,
  • proposition d'une commission langage pour reprendre en main nos discours manipulés,
  • désir de démocratie, d'une reprise du pouvoir par tous pour une vie pleine, sortir du carcan de l'homo economicus qui ne cherche sur son intérêt, alors qu'il est aussi capable d'AMOUR...

Les 99% s'insurgent, un homme explique que l'élite mondialisée est pétrie de croyance et n'a pas de recul par rapport au système. Ici c'est une pensée vivante, critique, qui est convoquée. L'éducation des enfants revient souvent : un petit bonhomme de 12 ans vient nous dire qu'il réclame du travail pour tous !

La soirée se poursuit et les canapés apportés par les associatifs accueillent...

Rémi, qui a fait 80 km pour dire que chacun peut changer de vie, de travail, de nourriture, question de prise de conscience !

Sophia, doctorante en philosophie qui raconte sa stupeur d'assister en direct sur Periscope aux affrontements sur la Place de la Nation, les insurgés (et non les casseurs, souligne t-elle) déterrant les pavés à coups de marteau,

Charles, sexagénaire, costume chic, qui fronce le sourcil en entendant sa voisine applaudir l'évocation du livre A nos amis du Comité invisible : "bon niveau, mais trop inégal".

On en appelle à la démission du gouvernement, à plusieurs reprises. Une femme écrit à la craie bleue sur le trottoir : "Le pouvoir ne se possède pas, il s'exerce".  Comment trouver des moyens pour exercer ce pouvoir que les citoyens debout frémissent de sentir enfin, dans leur parole libérée ? Un élu brave la vindicte populaire : c'est Pierre, avocat, qui pose sous un panneau malicieusement intitulé "marre d'être gouverné par des cons". Il me dit que prendre les places, être nombreux, est une action réelle qui embarrasse profondément le gouvernement.

22 heures 30, "Merci Patron" est projeté sur les grilles du Palais de Justice. Quelques leçons pour commencer la lutte. On se reverra demain : 14 heures pour les commissions, 18 heures pour l'AG. La ferveur est grande.

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