Le Flog - Culture et actualité politique

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Parc ou parking ? La Mairie de Bordeaux choisit de couper les arbres.

La Place André Meunier, seul espace vert digne de ce nom dans le quartier de la Gare Saint-Jean. Quartier déjà doté de beaux parkings...  Et pourtant, voici venir les machines, qui coupent les arbres : "cinq ou six platanes" avait dit le maire-adjoint, Alain Moga, avant les élections... Comme vous le constatez en image, c'est un bel arbre japonais qui faisait aujourd'hui les frais d'un urbanisme désastreux  : "un arbre bicentenaire" se désolait tout  à l'heure une passante. Qu'il ait cinquante ans ou 200, son ombre majestueuse ne rafraichira plus personne.

Bien sûr, ici, on "concerte" la population... mais in fine, on gâte Eiffia et on dégoute les enfants. Enfin, ceux des quartiers populaires.

Journal de Jeûne "Fermons Fessenheim": mai-juin


Alors qu'à Bordeaux, en soutien aux Jeûneurs de Colmar qui demandent la fermeture de la centrale nucléaire la plus vieille de France et la sortie du nucléaire en dix ans, (selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, l'Allemagne pourrait fermer sa dernière centrale nucléaire d'ici 10 ans). nous sommes dans notre quatrième semaine de jeûne (19 jours de jeûne à nous cinq). Après trois jeudis de jeûne, je passe la main, tout en restant plus que jamais mobilisée ! Dans les semaines à venir nous devrions continuer à quatre au moins  ou plus si des volontaires nous rejoignent ! L'idée de durer jusqu'au 18 juin jour de l'appel à la résistance contre le nucléaire.

Des nouvelles de nos amis au jour le jour.

Au 4 mai – Jeûne Fermons Fessenheim

Pierre A. est allé à Guebwiller au procès de quatre éleveurs bio qui ont refusé de faire vacciner leurs bêtes contre la fièvre catarrhale ovine. Il en a profité pour faire signer des pétitions.

Tout le monde a signé sauf un couple lié indirectement à l’industrie nucléaire.

 A Colmar la journée fut très riche en contacts et nous avons fait un “carton” avec les pétitions, le beau temps et la journée du mercredi ayant probablement contribués à ce beau résultat.

D’une façon générale les gens sont ouverts à notre démarche et beaucoup souhaitent de l’information sur le “comment sortir du nucléaire”.

Une faible minorité (< 5 % à 10 %) refuse de signer la pétition ou désapprouve notre démarche sur le fond ou sur la forme.

 

Le groupe a fait l’inventaire des réapprovisionnements divers à prévoir (maillots, brochures, réimpression de pétitions...).

 

Le compteur au 4 au soir est de 265 jours jeûnés.

Le groupe souhaite des nouvelles du groupe de Bordeaux ainsi que, le cas échéant, des autres groupes de jeûneurs.

Pour faciliter l’organisation, nous recommandons aux jeûneurs qui viennent au Champs de Mars de Colmar de ramener leur boisson chaude, l’eau étant disponible sur place.

 

 

Jeudi 5 mai. – Jeûne Fermons Fessenheim

Nous sommes nombreux ce matin pour présenter un stand animé au reporter d’Envoyé Spécial qui passe deux heures en notre compagnie pour des prises de vue et recueillir des témoignages.

 

Vendredi et samedi 6 et 7 mai. – Jeûne Fermons Fessenheim

Toujours un temps magnifique. Nous recevons des nouvelles de nos amis bordelais qui poursuivent leur jeûne tournant. Nous leur envoyons des cartes pétition à signer.

 

 

Dimanche 8 mai. – Jeûne Fermons Fessenheim

Nous montons le stand après le défilé du 8 mai.

Beaucoup de monde dans le parc, les enfants se baignent dans la fontaine face à nous. A partir de demain lundi 9 nous monterons le stand à 13 heures ; cela facilitera les roulements puisqu’il sera possible de travailler le matin.

Entre 12 et 13 heures nous rencontrons toujours les mêmes personnes travaillant dans les administrations environnantes ; elles nous connaissent après trois semaines.

Le mercredi 11, nous ferons exception en installant dès 9 heures 30 pour accueillir Eva Joly et d’autres élus européens.

 

Lundi 10 mai. – Jeûne Fermons Fessenheim

Temps changeant mais très chaud. Peu de monde de passage, ce qui nous incite à trouver d’autres formes d’action pour toucher un nouveau public. Venue d’un nouveau photographe allemand de l’agence de presse DAPD. Il reviendra le 11 pour la venue des élus européens.

Ce soir nous serons présents au forum anti-nucléaire organisé par la mairie d’Ungersheim.

 

Mardi 11 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

Très bonne journée à tous points de vue

 

10h-11h : Visite-Conf. de presse d’élu(e)s :

Parlement UE : E.Joly, M.Rivasi, S.Bélier,Y.Jadot, K.Delli (EELV) ; C.Lepage (Cap21)

Elus régionaux : J.Fernique –secrétaire régional -,  A.Jund et N.Habermacher – les porte-parole 67/68 – H. Stoll – candidat aux primaires –, J.Muller ex sénateur -  pour les Verts  ;

A. Buchmann (MEI), etc.

JP. Lacoste ( TRAS : Coordination trinationale – France+Allemagne+Suisse ) rappelle ce soutien capital et excuse les Allemands, trop pris par leur actions et le moratoire.

 

Bonne répartition des prises de paroles :

JP. Frick réaffirme notre exigence de sortie avant 10 ans. 

Aucun élu ne reprend, mais tous focalisent sur des scénarios de sortie « viables »et « crédibles » et sur  le site-pilote de démantèlement à Fessenheim.

PR invite nos hôtes pour le 18 juin.

 

Après-midi : trois jeûneurs dont J. Muller (2e fois) et A. Hatz du CA de Stop Fessenheim

 

18-19h : réunion à six

-  « météos » ( ressentis ) très satisfaisantes –attention à la tension lors des temps « forts » !

- projets :  dimanche 15 :soutien d’artistes plasticiens sur place confirmé ( couronne de peuplier « brûlée » au chalumeau ,… )

 

16 mai : PR et MK vont à Breisach pour la Vigie-Silence des lundis soirs

 

18 juin : « Appel à la Résistance au Nucléaire »

à Colmar : communiqué de presse et programme à finaliser pour le 18 mai

à Strasbourg et Mulhouse : relance par les élus Verts présents

Vendredi 13 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

9 jeûneurs

15 heures 30 : sous le chapiteau, A.Hatz etA. Duratti (Stop Fessenheim )- officialisent la signature d’un représentant des partis en Alsace : PS,Verts,Modem ; absence remarquée de l’UMP !...et des DNA ;

Plus de 350 signatures ( le double en quatre semaines de jeûne !)

Réunion 18h : un besoin important de retrouver l’ « esprit » de groupe des 21eres semaines pour l’interne et l’externe. Solution : n jeûneur du groupe de base présent dans un continu de 3-4 jours en relais ,avec chevauchement d’un jour ( ou mini la réunion du soir). Besoin également de structurer les trois « rôles » sur le stand : accueil/externe :passants, cartes-pétition / ambiance/interne : nouveaux, météos, échanges sur la suite,… /gestion/logistique,administr., …

NB :  droit à « jour de paresse » à tour de rôle ,si possible :loisirs, ateliers, autres

Samedi 14 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

6 jeûneurs

Dimanche 15 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

2 jeûneurs

Soutien de M. Lutz, artiste plasticienne ( DNA et L 4Alsace)

Elle « brûle » au chalumeau le haut d’un peuplier et le patine/ il représente une tour de refroidissement. Nous l’aidons à le découper en dix morceaux pour les dix ans de « sortie ».

Lundi 16 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

Participation de cinq Français (Stop Fessenheim) en Allemagne (Breisach) à la Vigie des lundis soirs :accueil chaleureux (élu SPD du Land) ; interview et photos

Samedi 21 mai– Jeûne Fermons Fessenheim 

Champ de Mars : quatre jeunes !Allemands jeûnent avec nous et apportent les doc. Du Bund.

PR au 1er Cercle de Silence « d’Alsace » près de Strasbourg  devant le Centre de Rétention :prise de parole …et trois engagements de jeûne

Dimanche 22 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

JPF a invité des vignerons à une « dégustation d’eaux minérales » : seulement 3 présents !

Suisse Lcentrale de Breznau (la plus vieille du monde à eau pressurisée (1969):

Cinq Français sont là parmi les 20 000 présents /police suisse !!! :pour Stop Fessenheim, le CSFR et les Jeûneurs . PR a droit à une minute sur le podium dans un programme de 3 heures : prises de paroles et intermèdes culturels . on est tous les cinq « scotchés » par la moyenne d’âge (40 ans) et par le professionnalisme des jeunes femmes qui organisent ! Bons contacts aussi avec Ph. De Rougemont.

Lundi 23 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

2e passage d'une équipe de « Envoyé Spécial » ;révélation d’un dossier « interne d’EDF qui dévoile leur « bricolage » lors de révisions : « Nous faisons en sorte que les résultats soient satisfaisants » !!! Le « fond »(philosophie » de notre action est-enfin ! –abordé. Emission prévue pour septembre ? (c’est loin , mais ça nous relancera, si on a –encore –besoin d’être là !)

Le soir, à Mullheim, CZ - pour Stop et les Jeûneurs – prépare la Chaîne humaine du 26 juin autour de Fessenheim.

Mardi 24 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

Calme plat : c’est cool ! Depuis deux semaines nous ne commençons qu’à 13 heures (-18H)

pour nous ménager et permettre à Pierre A. ( Faucheur solitaire – en procès- à l’INRA) qui assure la logistique tous les jours depuis le 18 avril !!!  de déjeuner tranquillement chez lui.

Annonces : les 26 et 27.05 : 2 soirées « conf.-débat »  à Colmar : « les Rebelles de la Forêt Noire » sur l’indépendance énergétique de la Commune de Schonau (Bade)

Samedi 28 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

Prises de paroles à Freiburg lors de la manif (dans 20 villes allemandes liée au Moratoire de 3 mois pour 8 centrales allemandes).

Pour demain le Communiqué annonçant le grand Rassemblement du 18 juin 2011 : à Colmar et……ailleurs là où vous l’organisez !(cf le réseau SDN)

« Résistons, mobilisons-nous et Sortons du Nucléaire ! »

Jeudi 2 juin– Jeûne Fermons Fessenheim

Stand à la Foire éco-bio

Bilan positif : 2 800 signatures en 5 jours ;très bonne place – à l’entrée - ; »Rétable de Fessenheim avec des dessins de Plantu et de dessinateurs régionaux (R.Bickel,…)et des signatures d’élu(e)s

Sauf l’exception –attendue – du député UMP du coin !!! Bonne intervention de JP Frick à l’inauguration

1er jour de jeûne pour la Suisse ! Nathalie Desarcens du « Jura »

Conférence de presse (JP Frick,PR, avec M.Wintz (Alsace Nature) et S.Kerckhove (Agir pour l’Environnement)

Mercredi 8 mai– Jeûne Fermons Fessenheim

3 membres de l’Ass. Qualité de Vie des 3 Frontières (F.D.CH.°) sont des nôtres

On prépare le 11.06 : Solidarité / Japon avec les 2 Ass. (Stop F. et le CSFR) : défilé en ville et « cérémonie » sur le Stand (14-15h)

APPEL 18 JUIN 2011 :  RESISTANCES

FERMONS FESSENHEIM ET SORTONS DU NUCLEAIRE

 

Cher(e)s concitoyen(ne)s, ami(e)s, camarades de luttes,

le 18 juin 2011, à Strasbourg, les politiciens seront en « Chantiers » (cf DNA 5.06.2011) … électoraux !!!

à Colmar, le Collectif des JEÛNEUR(SE)S  VOUS INVITE :

- les jeunes « indignés » par leur chômage et leurs exclusions

- les citoyens mobilisés pour un AVENIR meilleur

SANS NUCLEAIRE NI « SECURITAIRE » NI POUVOIR AUTORITAIRE

Depuis le 18 avril déjà plus de 100 jeûneur(se)s et près de 500 jours de jeûne au « COMPTEUR » pour « fermer Fessenheim et sortir du nucléaire » avec le slogan « Ni Tchernôbale  Ni Fukus’heim  Bottons les Fesses à Fessenheim ! » et  aux « nucléocrates ».

SOUTENEZ – NOUS ! en nous appelant, écrivant, …finançant,…

REJOIGNEZ – NOUS le 18 juin au Champ de Mars à Colmar (11h – 21h ) : exposés-débats

(scénarios de « sorties » ; sens, buts et efficacité du jeûne … et des autres « actions », …)

fête « ouverte », invitation à un « 1er JOUR DE JEÛNE » collectif ( 24h avec eaux et tisanes )

 ENSEMBLE, MOBILISONS – NOUS POUR UN AUTRE « VIVRE – ENSEMBLE »

 Pour le Collectif des Jeûner(se)s à Colmar, le 6.06.2011,  Pierre Rosenzweig

 Contacts : - mail jeuneurs.sortonsdunucleaire@gmail.com

- tél. collectif   0644228152

 

 


"A la mémoire de Rémy Louvradoux", texte inédit, écrit par un salarié de France Telecom


Une trace de fumée noire sur un mur blafard.

 

Dans la banlieue de Bordeaux, à Mérignac, le long d’une avenue qui ne ressemble pas à grand-chose, au milieu d’une zone semi-industrielle et résidentielle, un homme a laissé cette dernière trace de lui-même sur un mur. Au petit matin de reprise d’un week-end pascal où certains hommes sacrifient un agneau à leur dieu, Rémy Louvradoux s’est-il sacrifié au dieu de l’économie moderne? Cette économie, qui de crise financière en crise tout court, de mode de management en méthode d’organisation de travail, écrase encore et toujours nombres d’hommes et de femmes travaillant pour survivre à ce début de vingt et unième siècle.

 

Rémy Louvradoux ne s’est pas raté, comme on dit... Contre ce mur il a livré son dernier combat. D’une violence inouïe, contre lui-même et pour nous les survivants. Mais un combat héroïque et qu’il a voulu sans issue. Qui aura aperçu au petit matin du 26 avril 2011 cet homme s’asperger d’essence et s’immoler sur ce parking quelconque, au pied de cet immeuble typique de France Telecom à l’architecture dure et fermée. Peut-être des gens passant en voiture ou à vélo sur l’avenue ont-ils vu quelque chose brûler à quelques dizaines de mètres de la clôture de la forteresse de l’entreprise. Peut-être pas. Rémy Louvradoux avait choisi son heure. Il n’était pas « secourable ». Le monde n’aura pas droit à l’image de son corps en flammes. Il aura juste laissé cette trace de fumée noire.

 

« Tous ne mourraient pas mais tous étaient touchés » :

- ceux qui l’ont découvert, ses collègues, ceux qui travaillent dans ce bâtiment, ceux aussi qui l’ont probablement harcelé et broyé, ici ou ailleurs,

- les membres de sa famille, sa femme, ses enfants, ses proches, tous ceux aussi qui ne le connaissaient pas à France Telecom mais qui sont submergés par son geste,

- enfin tous les autres, la femme et l’homme de la rue qui se demandent comment un homme peut en arriver là, dans nos démocraties flétries, molles, léthargiques.

 

 

Le lieu qu’il a choisi est étonnant voire « incroyable » et ajoute une dimension irréelle à son geste. On ne touche presque plus terre quand on s’approche des quelques mètres carrés où il a patiemment brûlé de tout son corps et de toute son âme. Et lorsqu’on repart, après un moment de recueillement halluciné, les tempes brûlent et le cœur vacille, sans qu’on le veuille. Ici, cet homme n’a pas fait semblant. Son dernier cri, silencieux, résonne partout autour.

 

Rémy Louvradoux est venu brûler ici sa révolte contre un système qui désoriente et accable tant de ses confrères. Quand on lit la lettre qu’il avait écrite à la direction de l’entreprise en septembre 2009, on a le sentiment qu’il portait en lui une part de la souffrance endurée par ses pairs. Rémy Louvradoux n’était pas un individualiste forcené semble-t-il et la compassion le guidait. Il semblait aussi particulièrement inquiet à l’idée que la violence retournée vers eux-mêmes par tous les suicidés de France Telecom ne se retourne un jour plutôt vers les « harceleurs ». Son geste symbolise peut-être ce combat ultime d’un homme qui accepte encore une fois de retourner contre lui-même la violence infligée.

 

Dans d’autres circonstances, il y aurait un périmètre de sécurité permanent autour du lieu où il a rendu son dernier souffle. Mais passée la vague médiatique du premier jour, il est possible dès le lendemain de s’approcher, en montrant une carte professionnelle… de ce lieu où un salarié inconnu du plus grand nombre nous a livré un message d’une force rare.  

 

A l’heure où le soleil est proche de son zénith, la cabine de l’ascenseur qui descend et remonte le long de la façade du bâtiment projette une ombre légère à l‘emplacement où Rémy s’est donné la mort. Comme l’âme emportée de cet homme… A-t-il choisi ce lieu à dessein? Cette structure d’ascenseur extérieur et de terrasse évoque une immense croix sur la façade du bâtiment. La spiritualité ne lui était peut-être plus d’aucun secours. Un trou d’aération dans le mur - comme l’entrée d’un tombeau - quelques toiles d’araignée poussiéreuses, un peu de terre grisâtre et sans vie, quelques restes de matière calcinée indescriptible et un bout de pelouse salie complètent le tableau. Rémy Louvradoux ne nous a laissé que le troisième volet d’un triptyque résolument sombre et moderne. Manquent les derniers instants suspendus de sa vie et le passage à l’acte. En fermant les yeux, on sent l’odeur d’essence qui flotte encore discrètement dans l’air. Qu’avons-nous fait de l’humain dans cette entreprise?

 

Les hommes écriront peut-être sur ce suicide. Tant mieux. N’oublions pas Rémy Louvradoux. On pourrait peindre ou filmer ce lieu aussi. Parce qu’il nous a laissé une image et un lieu qui évoquent des morceaux de bravoure de l’art humaniste, de celui qui met vraiment l’humain au cœur de l’œuvre, fusse-t-elle aussi radicale. A quelque pas de ce mur, derrière une rangée de grands arbres ployant doucement sous la brise d’avril, on aperçoit des jeunes enfants jouant dans les jardins. Une ode à la vie, malgré la proximité du carnage d’un homme par lui-même. Comment est-ce possible que cet homme ait décidé de venir conclure sa destinée dans ce lieu et de telle manière?

 

Pour notre travail de mémoire à tous, la société à qui appartient ce mur devrait interdire de « nettoyer » la trace laissée par Rémy Louvradoux. Que cette société s’appelle France Telecom ou autrement. Au contraire, il faudrait protéger ce mur, protéger cette trace noirâtre, autoriser aussi chacun à venir visiter ce lieu. Ce lieu anodin devenu la « tombe d’un salarié inconnu »? Victime parmi les victimes d’une guerre économique en temps de paix, victime du management moderne, victime d’un modèle de société qui sombre. Ce lieu est devenu universel. Il nous appartient désormais.

 

Le geste de Rémy Louvradoux est entré dans notre mémoire collective ce matin du 26 avril 2011. Il n’est pas le premier suicidé d’une entreprise qui a si douloureusement muté depuis une vingtaine d’années. Mais son geste est probablement l’un des plus forts qui puissent secouer le monde de l’entreprise moderne. En temps de paix et en « démocratie », un homme a fait sien le geste ultime des immolés célèbres des épisodes les plus meurtriers des guerres, invasions et dictatures des décennies passées, de la Tchécoslovaquie de 1968 à la Tunisie de 2010. Sa dernière trace de fumée noire est entrée dans l’Histoire.

 

Par son geste démesuré, Rémy Louvradoux nous parle et nous laisse un message. A chacun de nous de l’entendre, en conscience. La colère et la tristesse des proches et des moins proches sera probablement immense. Il faut pardonner à cet homme la violence de son désespoir. Cet homme, il faut aussi le remercier. Il nous a demandé dans un dernier souffle de « changer » ce monde qui ne tourne pas rond. A la mémoire de Rémy Louvradoux, héros et martyr du monde du travail moderne.

Journal de Jeûne "Fermons Fessenheim", avril...

Voici le journal tenu jour après jour par nos amis qui jeûnent pour la fermeture de la centrale nucléaire doyenne dans nos vallées : Fessenheim.

Lundi 18 avril 2011 - Jeûne Fermons Fessenheim

Premier jour du jeûne à durée indéterminée (fermons Fessenheim) à Colmar, devant la préfecture.

Le ciel est avec nous: journée ensoleillée, température comme à Bordeaux, 20°. A peine arrivés, nous sommes accueillis par la police nationale, aussi nombreuse que nous. Mais nous tenons bon et gardons notre petit chapiteau, comme prévu. A 11 heures, nous sommes cinquante pour la conférence de presse: une dizaine de médias, trois télés, dont une allemande, beaucoup de caméras et de micros. Nous faisons quatre interventions et donnons la parole aux associations et aux partis politiques qui sont venus nous soutenir.

A notre grande joie, il y a plusieurs passants, peu, qui manifestent leur sympathie et quelques autres vont spontanément jeûner avec nous. Sur notre compteur de jours de jeûne, ça va faire bien grossir le chiffre, en même temps que nous maigrissons.

Quelques "chiffres d'affaires": 56 jours de jeûne au compteur, 0 bouteilles de bière, 20 bouteilles d'eau minérale offertes par la source Celtic, 5 thermos de tisane, 1 coeur brisé, 16 situations rigolotes, 5 dormeurs et 2 dormeuses sur place, grâce aux locaux prêtés par l'association Espoir et Marc, notre voisin.

 Vous pouvez venir sur place au champs de Mars, entre 10h et 18h.

Nous avons au moins dix places pour répondre aux nombreuses demandes d'hébergement venues des quatre coins de France.

Vous pouvez:

–envoyer vos jours de jeûne, que vous faites chez vous, à l'adresse mail.

–nous offrir des places d'hébergement chez vous

–recevoir et envoyer des informations: bilan journalier par exemple.

 

Demain, nous serons peut-être mieux reçus à la préfecture qu'aujourd'hui. Y aura-t-il café et croissants chauds?

 

Mercredi 20 avril 2011 – Jeûne Fermons Fessenheim

 

Météo encore meilleure, ciel bleu, cœurs chauds, 10 jeûneurs (euses).

Aujourd’hui, c’est notre journée créative : nous créons de multiples affiches ; celle du «Tour de France de la Sortie   Du Nucléaire » semble plaire le plus aux passants.

La femme donne la vie et le nucléaire la détruit ; cette formule a inspiré une jeûneuse qui « s’en est fait un dessin ».

En plein atelier de peinture de nos T-shirts, une télé allemande des images multicolores.

Dans le dialogue large avec le public, nous rencontrons aussi quelques personnes difficiles à gérer.

Grâce à un sympathique médecin, nous avons droit à un contrôle de la tension et du pouls renouvelé régulièrement.

Pour demain, le groupe décide d’élargir son champ d’action : nous allons distribuer les tracts (lettre au Président) à la gare de Colmar, pour approvisionner les voyageurs de

Pâques en « Bonne Lecture ».

Comme parmi nous certains vont partir « chercher les œufs de Pâques », il faudrait du monde pour les remplacer.

Venez donc nous rejoindre, avant que nous soyons assoiffés !

Nous arrivons à comptabiliser 90 jours de jeûne : bon début.

Qui continue avec nous ?

 

Jeudi 21 avril - Jeûne Fermons Fessenheim

Du lundi au jeudi après-midi, nous avons distribuer des brochures d’informations concernant la sortie du nucléaire et des copies de la lettre au Président de la République , aux visiteurs et passants. Pour ceux qui voulaient signer nous n’avions que le cahier de témoignages.

Dans l’après-midi, nous avons réceptionné les cartes postales destinées au Président de la République et au Président de la Région Alsace. Ces premières cartes servent à l’opération contact prévue à la gare ou se rendirent quatre d’entre nous, qui récoltèrent les premières adresses et signatures.

 

Vendredi 22 avril Jeûne Fermons Fessenheim

Toujours du beau temps chaud et ensoleillé. Montage de notre petit chapiteau dès neuf heures pour la télévision du parlement européen qui ne pouvait venir plus tard. A quinze heures, visite de trois élus régionaux en présence de F.R.3 et d’un journaliste de l’Alsace.

Puis, visite d’un journaliste Suisse qui fera un article. Les jeuneurs vont bien mais Rémi, qui avait des problèmes d’estomac avant le jeune arrête ce soir, après cinq jours de maux d’estomac ; merci pour son courage et sa présence.

 

Samedi 23 avril Jeûne Fermons Fessenheim

Toujours soleil et chaleur.

Visite d’Axel Mayer, directeur du B.U.N.D. (fédération des associations de protection de la nature du pays de Bade) Visite de Jean-Paul Lacote d’Alsace Nature et membre de la C.L .I.S.

Fessenheim. Il va contacter des élus allemands pour qu’ils nous rendent visite. Cela nous permettra de faire venir les médias. Visite du curé Klotz qui parlera des jeuneurs lors de ses homélies. Visite, également, de Madame la Pasteur de St Mathieu de Colmar.

Nos cartes pour Sarkozy et Richert sont appréciées et signées notamment lors de l’opération contact, à partir de quinze heures, dans le centre piéton du vieux Colmar.

 

Dimanche de Pâques, 24 avril   : Jeûne Fermons Fessenheim

La pluie fine de ce matin s’arrête à dix heures piles pour nous permettre Dès dix heures et quart nous sommes deux personnes devant la Collégiale Les derniers sont entrés à l’église, nous allons boire une tisane et de l’office. Les femmes sont clairement plus ouvertes à la sortie du Grande joie d’accueillir Laurette venue en direct d’Essonne pour forces vives !

 

Lundi 25 avril : Jeûne Fermons Fessenheim

Nous sommes sur place dès neuf heures pour que la télévision ARTE interview. Le message doit tenir en vingt secondes !

Pierre Rosenzweig se déplace à Strasbourg à la manifestation pour rassemblement du dix huit juin : RESISTANCE AU NUCLEAIRE. L’appel verts et une invitation personnelle est faite à Nicolas Hulot. Michel Gueroult fait de même sur le pont à Breisach.

 

Mardi 26 avril : Jeûne Fermons Fessenheim

Nous lisons le bel article paru dans Sud-ouest suite à la conférence Bordeaux. Merci pour votre engagement.

Depuis hier, Robert Sittler nous a rejoints pour expliquer aux passants différents éléments radioactifs.

Il fait plus frais, mais la collecte de signatures se poursuit activement.

Le moral est excellent ; les nouveaux arrivants pour un jour de jeûne, travail inlassable de notre intendant général Pierre Azelvandre.

Mercredi 27 avril 2011 – Jeûne Fermons Fessenheim

Inge a déjà jeûné cinq jours d’affilés, elle revient aujourd’hui avec Coralie qui jeûnera avec nous.

France 3 télévision nous à rejoint à onze heures pour un petit reportage expliquant le jeûne. Radio Regenbogen prend de nos nouvelles et annoncera nos mille cartes signées. Après la rentrée scolaire, vers la mi-septembre, l’ensemble des cartes sera remis au Président du Conseil Régional en présence de la presse pour rappeler, après les vacances, la nécessité de sortir du nucléaire.

Le docteur Jean Zandonella vient prendre la tension de ceux qui jeûnent depuis le dix-huit. Il vérifie que nos cœurs battent au bon rythme ; il confirme que nous sommes à l’unisson avec la météo magnifique.

 

Jeudi 28 avril 2011 – Jeûne Fermons Fessenheim

Anne et Laura jeûnent aujourd’hui ; elles collectent des cartes signées en ville. R D L : Radio Dreyeckland Libre vient faire une prise de son pour diffusion le soir.

Nous constatons l’efficacité des grandes cartes de France nucléaires accrochées aux arbres le long des allées alentour de notre chapiteau. Les promeneurs s’arrêtent, regardent, parlent ensemble et pour certains viennent signer les cartes.

 

Vendredi 29 avril 2011 – Jeûne Fermons Fessenheim

La centrale atomique de Fessenheim fait une conférence de presse, au sortir de laquelle, la radio et la télévision allemande SWR nous rendent visite ainsi qu’une journaliste de Challenges.

Le moral est bon mais le ciel est couvert et par moment nous n’avons pas chaud. Couvrons-nous !

Marie-France vient jeûner deux jours. Jacques Muller, Maire vert de Wattwiller, Sénateur vert jusqu’en décembre dernier, jeûne une journée avec nous à Colmar et accorde un long entretien à un journaliste de l’Alsace.

 

Samedi 30 avril 2011 – Jeûne Fermons Fessenheim

Nous sommes dix en fin de journée autour de nos thés et tisanes au buffet de la gare pour la réunion-bilan de fin de journée. A l’unanimité, la journée est riche mais fatigante.

Six personnes couvrent le marché Saint-Joseph dès neuf heures. Ils constatent que les lèves tôt (les premiers au marché) sont les plus réactionnaires : au fil de la matinée le public devient plus jeune et plus ouvert.

Dominique et Adrien vont en ville revêtus (tout comme l’équipe au marché) des t-shirt « Stop Fessenheim  Sortons du nucléaire ». Des passants les rejoignent spontanément pour signer, d’autres les insultent. Il y a encore du travail.

Le 30 avril et le premier mai se déroule juste à côté de nous une fête « des rues » intitulée « les gens d’ici et d’ailleurs ». Beaucoup de gens viennent au stand. En totalisant le marché, le tour de ville et le stand ce sont, approximativement, quatre cent cartes signés et collectées à ce jour.


Jeudi Je Jeûne


Bordeaux, le 21 avril 2011

 

En solidarité avec les jeûneurs de Colmar, qui ont entamé un jeûne à durée indéterminée le lundi 18 avril 2011 et demandent l'arrêt de la centrale de Fessenheim ainsi qu'un programme de sortie du nucléaire en France (voir leur appel ci-dessous) :

 

Un groupe de citoyens girondins participe à cette action depuis le 18 avril 2011, sous forme d'un jeûne tournant à durée indéterminée, en se relayant individuellement chaque jour sur leur lieu de vie ou de travail pour protester contre l'aberration nucléaire.

 

Étant donné le contexte de l'industrie nucléaire en France aujourd'hui, le jeûne nous parait un moyen d'action approprié pour interpeller le monde politique et la société civile, dans le respect des principes de la non violence.

 

Nous jeûnons pour demander la fermeture de la centrale de Fessenheim.

 

La centrale nucléaire de Fessenheim, comme celle de Fukushima, est une vieille centrale, implantée en zone sismique et inondable. Elle menace les régions et populations environnantes en France, en Allemagne, en Suisse et au-delà.

 

Notre jeûne est aussi un acte de solidarité en conscience :

avec les populations japonaises qui endurent à nouveau le cauchemar nucléaire en ce printemps 2011,

avec les innombrables victimes de l'accident de Tchernobyl de 1986,

avec ceux qui luttent contre l'implantation de nouvelles centrales nucléaires partout dans le monde.

 

Nous rappelons à tous les Girondins et à nos autres concitoyens que nous avons frôlé nous aussi le cauchemar nucléaire lors de la tempête de 1999, lorsque des réacteurs de la centrale nucléaire de Blaye ont dû être arrêtés en urgence. La région de Bordeaux aurait pu être rayée de la carte, comme la région de Fukushima est actuellement en train d'être anéantie sous nos yeux.

 

Le nucléaire n'a pas d'avenir. Il nous prend en otage. Il prend en otage les générations futures. Le nucléaire est porteur d'une violence potentielle inouïe à l'égard de toute forme de vie. De nombreux pays n'ont jamais fait le choix du nucléaire. Ils sont rejoints aujourd'hui par d'autres, qui entament des programmes de sortie du nucléaire.

 

Nous tiendrons une conférence de presse au cinéma Utopia, place Camille Jullian à Bordeaux, dans la salle de la Cheminée, le Samedi 23 avril à 10h30, suivie d'un rencontre avec le public jusqu'à 12h30.

 

Les jeûneurs de Bordeaux

Dominique Bohn, Edileuza Gallet, Jean Pierre Garbisu, Gilbert Haumont, Florence Louis
             

 

             

Ci-dessous l'appel de Colmar : 

Colmar, le 13 avril 2011     

Monsieur le Président de la République,

Madame et Messieurs les ministres,

                        Après la catastrophe de Tchernobyl circulaient des calculs de probabilités niant une deuxième catastrophe de cette ampleur à un horizon de moins de 100 000 ans. 25 années plus tard le pire se reproduit au Japon, pays de haute technologie et de grande densité humaine. 25 ans pendant lesquels aucune solution satisfaisante n’a été trouvée pour les déchets radioactifs. Le stockage en couches profondes, dites stables (pour au moins 10 000 ans au dire des autorités Allemandes) est déjà un fiasco sur leur site d’Asse.

 

                       Avec la consommation actuelle, l’uranium sera épuisé dans 50 ans. Le nucléaire n’a pas d’avenir, il pourrit l’avenir des générations futures.

 

                        Ni Tepco ni le gouvernement japonais ne sont en mesure d’assumer et  encore moins de réparer les effets de la catastrophe nucléaire. Le gouvernement et l’exploitant français seraient tout aussi impuissants. Il faut faire le choix de la responsabilité : l’abandon du nucléaire au plus vite.

 

                         La production mondiale d’électricité nucléaire représente au mieux 3 % de l’énergie primaire consommée. Loin de remédier à l’effet de serre, le nucléaire en tous lieux affaiblit la Terre et les Humains et réduit nos capacités à relever le défi climatique. Une même somme investie dans les énergies renouvelables produit deux fois plus d’électricité et d’emplois, sans conséquences mortifères.

 

                          Monsieur le Président de la République, Madame et Messieurs les Ministres vous ne pouvez plus ignorer les risques irréparables liés au nucléaire, ni l’injustice profonde du legs aux générations futures. Vous avez la charge de l’intérêt général des Français au-delà des intérêts des lobbies.

 

                           Un collectif de citoyens commencera un jeûne de durée indéterminée à partir du 18 Avril devant la Préfecture de Colmar pour vous demander de promulguer une loi de sortie du nucléaire  en moins de 10 ans. Nous demandons que cette loi soit assortie d’une mesure tangible immédiate : l’arrêt  de la plus vieille centrale de 900 mégawatt de France, celle de Fessenheim. Située en zone sismique avérée et en contre bas du Grand canal d’Alsace, elle menace autant nos voisins Allemands que nous même.

                            Sortir complètement du nucléaire en moins de 10 ans est possible :

-        En arrêtant l’exportation d’électricité ; c’est le moment, les pays voisins le comprennent mieux que jamais.

-        En cessant de démanteler les centrales thermiques et en les modernisant avec des lits circulants fluidisés, technique qu’exporte EDF.

-        En organisant un chantier national d’isolation des logements sociaux.

-        En arrêtant la promotion du chauffage électrique.

-        En reconnaissant que l’autoconsommation de la filière nucléaire représente la production de 5 à 6 réacteurs.

 

                                Monsieur le Président de la République, Madame, Messieurs les ministres l’accident nucléaire majeur peut arriver en France à tout moment, nous jeûnons pour vous aider à prendre pleinement vos responsabilités, veuillez agréer nos salutations citoyennes.

 

Les jeûneurs de Colmar.

Jean-Pierre Frick, Margot Blondeel, Pierre Rosenzweig, Inge Bertsch et tous les participants.

Dans la presse, sur le mouvement à Bordeaux.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Enfin, une loi contre le mercantilisme des corps

Une loi : pas n'importe laquelle. Celle-ci change la donne : ce n'est plus la prostituée qui est condamnée, mais son client. Car le corps des femmes - des hommes, des enfants, des trans, bref le corps humain n'est pas une marchandise. Un jouet auquel les hommes auraient droit.

Sous prétexte que certaines prostituées revendiquent leur liberté ? Réponse de Rose Dufour, anthropologue, qui a travaillé au sein du Projet Intervention Prostitution Québec dont la mission est de venir en aide (pour, par, avec) aux filles et aux garçons en lien avec la dynamique prostitutionnelle :

On ne rêve pas de devenir prostituée (1), on le devient par un chemin personnel qui implique toujours les plans familial et social. Considérés dans une perspective de mise à jour des processus, les récits de ces 20 femmes montrent l’existence d’une synergie complexe entre les plans personnel, familial et social. Selon le cas, un poids différentiel apparaît tantôt sur l’un ou l’autre plan.

Dix-sept filles sur vingt (85%) ont eu à affronter un rapport au sexe alors qu’elles étaient encore enfants et non pubères par des abus sexuels, le plus souvent incestueux, répétitifs, plus généralement dans la famille ou dans le voisinage immédiat, et/ou par des abus de rue (5). Les trois autres filles (15%) qui n’ont pas été sexuellement abusées ont eu  à affronter un rapport au sexe comme une alternative à la pauvreté.

Cette étude montre que la clé des systèmes sociaux producteurs de la prostitution se trouve d’abord dans l’abus sexuel, dans le lien étroit entre les abus de ces petites filles sexuellement abusées alors qu’elles n’étaient que des enfants, même pas pubères, et leur abuseur.

En conséquence accepter la prostitution équivaut à accepter la kleptomanie, revendiquée comme un besoin "normal", par les kleptomanes !

Sous prétexte qu'il y a des clients, il faudrait accepter que La France compte entre 15 000 et 18 000 "travailleurs du sexe". En 2003, les deux-tiers de cette population était étrangère. Bien qu’elle ne dépasse pas en proportion celle des "filles de l’Est", le tiers de ces personnes était originaire d’Afrique sub-saharienne, selon l’Office central pour la répression du trafic des êtres humains (OCRTEH). Ces chiffres,n’ont cessé d’augmenter depuis 2000. ( voir l'interview du Commissaire de l'OCRTEH dans l'article De plus en plus de prostituées africaines en France").

Sous prétexte que les clients iront en Espagne ? C'était déjà l'argument pour réouvrir les sordides maisons closes. Que la France suive la Suède, la Norvège ou l'Islande ne peut qu'avoir un effet positif, en Europe, et tout simplement localement.

Sous prétexte d'une libido masculine "incontrôlable", les clients frustrés risqueraient de s'attaquer aux autres femmes, de multiplier les viols : est-ce une raison pour sacrifier une partie de la population féminine (et bien sûr la plus défavorisée) ? Qui accepterait que sa fille, que sa sœur soit ainsi mise sur le trottoir pour protéger les autres ?

De plus considérer ainsi la sexualité masculine est dégradant. Les hommes ne sont pas des bêtes incapables de maîtriser leurs pulsions. Encore faut-il que la société leur permette de se représenter la sexualité, l'autre, sous un jour, plus lumineux. La loi proposée peut justement la replacer dans des limites nécessaires : celle de la joie, de la rencontre, sans intermédiaire.

NB novembre 2011 : voir l'excellente étude écossaise publiée par prostitutionetsociete.fr.


Sweet Marie

La pénombre baigne la silhouette de Marie Ndiaye, comme recroquevillée autour de ses pages.Y penser sans cesse : un texte répété, scandé, affiché jusqu’à ce qu’il résonne en nous avec force. Die Dichte, création de la compagnie Translation à l’Escale du livre de Bordeaux, évoque la coexistence d’une mère, de son enfant et d’une « vieille âme », agrippée à eux. Les nouveaux habitants de la maison jaune berlinoise d’où sortit jadis une famille juive pour un voyage funeste vers la mort. Août 1943 – août 2008 : Marie Ndiaye démontre à nouveau sa sensibilité aux lieux, qui respirent malaises, complots, qui rejouent à travers le temps les destins qui se croisent. Destins mêlés que ceux de l’écrivaine, lauréate du Prix Goncourt en 2009, qui a quitté la France et son « atmosphère de flicage, de vulgarité » en 2007, pour rejoindre une Allemagne d’adoption où les enfants jouent au jardin public sans rien porter de la tragédie qui frappa l’Europe il y a 70 ans. Soutenu par les riffs de guitare et la voix puissante du saxophone de F. Cazaux et S. Capazza, les mots de Marie Ndiaye semblent toutefois dilués par les images lancinantes projetées en fond de scène. Peu importe : nous n’avons pas tous les jours la joie d’entendre une véritable poétesse. 

 

 

28 avril au théâtre du Rond-Point à Paris, 3 mai à Boulazac, 4 mai à Dax, 19 mai à Pessac...

La Côte d'Ivoire sombre dans l'oubli

La situation n'est en rien manichéenne. Deux hommes, un trône, la démocratie représentative et tous ses défauts, un système de corruption bien rodé ("Monsieur Gbagbo a donné aux sociétés françaises un cadeau royal : le port à Bolloré, le pétrole à Total, l’eau à Bouygues" avait rappelé en janvier Vergès sur France info), un peuple exsangue. Hervé Toutain, journaliste revenant d'Abidjan décrivait ce matin dans Cultures monde sur France Culture une ville dans un état catastrophique :  troc généralisé, crise d'approvisionnement en essence et en alimentation, fuite des populations, fermeture des hôpitaux et des écoles, un très grand nombre d'armes, politique de terreur systématique à Abobo (1,2 million d'habitants dont 300 000 en fuite), couvre-feu "virtuel" en raison des barrages montés par les (très) jeunes patriotes qui ont été armés par Gbagbo et "qui font régner leur loi"...

Abobo où il ne reste plus que des femmes. Ce sont elles qui doivent gérer les tirs de roquette qui tombent dans les cours et les enfants qu'il faut bien nourrir.

La Côte d'Ivoire n'est pas sortie du chaos qui la ronge depuis plus de dix ans. La guerre civile gagne et l'ONU tarde à s'y intéresser : bien sûr nous n'avons pas affaire à un Khadafi qui écrase son peuple. Ici c'est la pourriture du régime, les "habitudes" prises par une Afrique sub-sahariennes martyrisée (enfants soldats, exils de populations entières...) qui refont surface. C'est justement parce que la solution n'est pas donnée qu'il faut la chercher. Le silence qui entoure l'enfoncement de la côte d'ivoire dans le chaos est à la fois déchirant et indécent. Le souhait que vient d'exprimer Sarkozy d'un renforcement de l'Onuci aura, espérons-le, l'avantage de ramener le drame ivoirien au cœur des préoccupations.

Un Fukushima ne fait pas le printemps.

"La peur du nucléaire contamine le Japon", titrait hier le journal Sud Ouest. Ce n'est pas le risque, bien réel, objectif, d'une catastrophe nucléaire qui est souligné mais un sentiment, irrationnel, voire puéril.

On pouvait y lire, à propos de  la centrale nucléaire du Blayais, située à 50 km de Bordeaux, à l'embouchure de la Gironde et classée par le Figaro dans la liste des quatre accidents majeurs de l'histoire :

Les incidents nucléaires au Japon n'inquiètent pas les habitants aux alentours de la centrale nucléaire, capitale pour la vie économique du Blayais.

Tout est dit. Le spectacle tourne le réel en ridicule. Les images du Japon ne valent rien face à la monnaie, sonnante et trébuchante.

Et pourtant, si Tchernobyl pouvait être attribué à la désorganisation soviétique, à la vétusté des techniques d'un empire décadent (argument qui ne tient pas  : quelle société peut s'enorgueillir de l'assurance de se survivre éternellement, assez pour maintenir en état des équipements technologiques ultra dangereux pour la planète?), le Japon fait partie du trio de tête des puissances mondiales. Il nous ressemble, et même, nous aimerions lui ressembler. Il a l'air d'un grand frère qui aurait survécu au pire.

Certains s'étonnent qu'après avoir subi sur leur sol le désastre des bombes atomiques, les Japonais aient opté pour l'énergie nucléaire. Mais qui décide, là-bas comme ici de développer le nucléaire ? En vertu de quelle logique ? 

Certains s'étonnent que l'électricité nippone soit gérée par des entreprises privées. Les mêmes se souviennent-ils qu'EDF est désormais partiellement privatisée ? Que 22000 salariés y travaillent en sous traitance  ?

La ministre de l'écologie (dont le portait figure ce mois-ci en couverture de la Décroissance)

appelle bien sûr à une "réunion de crise" : mais de quelle crise parle t-on ? Encore des gesticulations sophistiques pour éteindre la pensée qui s'éveille...

Quand les CRS sectionnent les tendons des mains des manifestants pacifistes qui ont tenté de bloquer le "train d'enfer" (contenant des déchets vitrifiés allemands hautement radioactifs) le 5 novembre 2010, ceux-ci, brûlés au 2ème et 3ème degrés,  voient leur plainte contre la police rejetée. En revanche 7 militants sont condamnés à un mois d'emprisonnement avec sursis et 1000euros d'amende auxquels s'ajoutent 20500euros pour la SNCF. En matière de nucléaire, en France, la non violence est condamnée, la violence est promue.

Ni cellule de crise, ni débat médiatique sur le nucléaire ou sur l'islam : c'est une réflexion profonde, individuelle avant d'être collective, qui doit nous animer afin de repenser notre rapport au monde. Si nous savons nous orienter dans notre vie alors nous ne laisserons plus les rennes de nos existences à ceux qui n'y voient que profits. Retrouver personnellement le sens de ses activités et les inscrire dans un monde ouvert, voilà ce que nous devons réussir. La tâche est ardue mais nous sommes nombreux à nous y atteler.

J'en veux pour preuve l'ouvrage que vient de publier Stéphane FERRET, Deepwater Horizon, qui ne propose rien de moins qu'une "nouvelle" éthique, philosophie de la crise écologique. Il conclut :

Une croyance se dégage : la sphère des objets susceptibles de considération morale et juridique n'est pas la sphère de l'humain mais la sphère du monde, soit, pour la parcelle du monde qui nous occupe, la nature et les nombreux spécimens de toutes sortes qui la composent. 

L'écologie est la seule alternative dont nous disposons : il est urgent de partager cette solution avec tous, car le nationalisme proposé par les LePen charme tel un serpent les populations déniaisées par cinq ans de sarkozysme. La véritable ressource est la nature, dont nous sommes. Retrouvons son sens, au quotidien et nous saurons nous battre pour survivre, en son sein.

Ainsi parlait le Japonais Masanobu Fukuoka en 1975, dans son excellente "Introduction à l'agriculture sauvage", publiée en France en 2005 par Trédaniel, La révolution d'un seul brin de paille :

Dans la mesure où chacun ne transforme pas fondamentalement sa conscience, la pollution ne cessera pas.

        NB : Merci à Banksy pour l'illustration en tête de ce billet.

Les Français face aux révolutions du monde arabe

Les réactions des Français devant la révolution tunisienne, puis égyptienne, toutes deux en cours, me paraissent étonnantes et symptomatiques du sécuritarisme qui s'étend dans l'Hexagone et plus largement en Europe.

Car le premier réflexe que j'ai perçu autour de moi est la crainte. L'ombre de la guerre civile plane derrière la révolte. Bien sûr la révolution remet à plat les cartes et les redistribue : qui aura la meilleure donne ? Nul ne le sait et il est vain de palabrer autour des candidats à des élections qui ne sont même pas encore programmées. Plutôt que de se réjouir de la promesse d'une libération (effective en Tunisie, en œuvre en Égypte, en germe dans de nombreux autres pays), les Français ont peur : peur de la violence, peur du désordre, peur de l'inconnu.

Si ces peurs sont légitimes, elles me semblent néanmoins caractéristiques d'une population de plus en plus paralysée, prise au piège de ses contradictions.

D'une part le statu-quo régnant dans le monde arabe semble bien arranger les Occidentaux, touristes et investisseurs charmés autant par Djerba que par les pyramides, par les riads marocains que par Petra la jordanienne. Tellement charmés qu'ils en oublient facilement qu'au pied des pyramides se promène l'armée, que les émeutes de la faim en 2008 ont fait plusieurs morts au Maroc comme en Égypte et qu'en Tunisie, en creusant un peu, on découvrait vite une dictature imposante. Bien sûr il est difficile pour nous qui jetons un tiers de notre nourriture à la poubelle (ces chiffres concernent la Grande-Bretagne)  de comprendre la violence qui pousse à manifester pour avoir du pain ou la colère que ressent un jeune Tunisien que la Police arrête pour lui couper ses cheveux, jugés trop longs (témoignage recueilli par mes soins, en 1998, à Gabès). Nous nous sommes habitués à ce que nos voisins méditerranéens vivent sous des dictatures. Pourtant, malgré ses défauts, la démocratie a le mérite d'aider à ce que les sociétés expriment leur besoin de liberté et d'égalité. Ainsi, penser que 96 % des femmes mariées égyptiennes sont excisées, suffit à prendre la mesure de l'oppression du peuple. Il est étonnant que cette violence quotidienne ne choque pas les Occidentaux ou tout du moins qu'ils ne la voient pas.

D'autre part oui, la violence est la menace du chaos. La violence est cet ingrédient imprévisible qui outrepasse normes et règles. Faire une révolution est un procédé violent puisque l'ordre est détruit, plus ou moins momentanément. Il faut ensuite que les populations s'accordent sur le pouvoir à mettre en place. Toute société a besoin d'une certaine cohérence dans l'évaluation des valeurs. Quand les évaluations s'opposent trop fortement, quand les points fixes que représentent les lois s'effacent, les oppositions deviennent irréconciliables et c'est la guerre civile. "La guerre civile ne dure pas éternellement mais elle menace toujours",  écrit H. M. Enzensberger dans ses Vues sur la guerre civile. L'État ne peut plus assurer le monopole de la violence. En Tunisie actuellement la culture protège le pays en ce qu'elle lie les hommes, leur fournit un code de conduite qui permet de ne pas tomber dans la violence. 

C'est sur ce point que la réaction de nombre de Français me semble inquiétante : nous ne croyons plus que notre culture nous protège de la violence, car elle en est au contraire fascinée.  Enzensberger, toujours, parle de "culture de caniveau". A force de regarder des meurtres à la télévision, cette "prothèse d'un moi autistique et infirme", nous nous sentons impuissants devant la menace du désordre.  Et c'est une des raisons pour lesquels nous laissons Sarkozy nous entraîner dans un univers sécuritaire effrayant que la simple lecture des lois passées ces derniers mois devrait nous rendre odieux : la loi Loppsi 2, par exemple, qui vous interdit de loger quelqu'un dans une caravane, dans votre propre jardin (!), qui tend à pénaliser les squatteurs , la loi Besson  dont voici l'avis de la Commission nationale consultative des Droits de l'homme :

Dans un nouvel avis, adopté le 5 juillet 2010, la CNCDH considère que le projet de loi sur l'immigration ne se borne pas à transposer les directives communautaires dans ce domaine, mais contribue à banaliser la privation de liberté comme technique de gestion de l’immigration, en marginalisant le rôle du juge judiciaire et en renforçant les pouvoirs de l’administration.

Quand on comprend que les Préfets nommés par Sarkozy font pour la plupart partie du côté extrême de l'UMP (bientôt un billet sur le traitement des demandeurs d'asile par le Préfet de Gironde...), on s'inquiète  de ce renforcement des pouvoirs de l'administration, c'est-à-dire de l'arbitraire et du zèle des fonctionnaires, pas toujours malheureux d'avoir leur part de pouvoir sur autrui. 

Bref : je m'étonne de la faiblesse de notre croyance affichée en la démocratie et m'indigne devant la large passivité, mélange d'attentisme et de paralysie, qui accueille la politique du gouvernement. La fascination actuelle pour la résistance durant la seconde guerre mondiale me semble également symptomatique de cette réalité : jouir de se projeter en résistant, ressentir la haine devant le méchant nazi, vivre la violence par procuration et s'endormir rassuré dans son fauteuil. 

Les populations des pays arabes sont pour nous l'image de la jeunesse et de l'espoir : leurs luttes et leur courage sont un exemple pour nous, enfants d'une vieille Europe arc-boutée sur son trésor. La fin de l'histoire l'aurait bien arrangée : réjouissons-nous, d'autres sont là pour continuer à l'écrire.

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