"Le un" : c'est un hebdo, petite feuille qui se déplie trois fois (parce qu'expliquer, c'est déplier rappellent les rédacteurs) Comme toujours je me laisse tenter par l'inconnu journalistique ("pour trouver du nouveau"). Le thème de ce premier numéro était pourtant tendancieux : "la France fait -elle encore rêver ?" Une telle interrogation pouvait amener un déversement de fiel identitaire. Pourtant les noms des contributeurs garantissaient un haut niveau de pensée : Tahar Ben Jelloun, Costa Gavras, Tzvetan Todorov... le tout illustré par Raymond Depardon.

2,80 euros : j'achète. Et si j'en arrive aujourd'hui à écrire un billet sur "le un", c'est pur que ma lecture ne reste pas inféconde en dehors de mon seul esprit où germent déjà de petites graines.

Le trait commun des intervenants est leur double origine : franco-vietnamienne, franco-albanaise, franco-russe.... La France unie aux autres cultures, un rêve éditorial ? Plus que cela, un sésame pour notre avenir. Car si la patrie c'est la langue, comme disait Cioran, alors la France n'est ni sol, ni sang : elle vit dans les mots qu'elle fait naître.  Extrait du texte de J. M. G. Le Clézio, bouleversant de justesse :

Nous y sommes, c'est le point de non-retour : ou bien l'on ouvre les ghettos, et l'on partage le bon air de la mixité, ou l'on se dessèche sur les ruines archéologiques d'une histoire devenue imaginaire. Je suis un binational franco-mauricien qui vit une partie de son temps comme un émigré. Pourquoi mes rêves ne seraient ils pas vos rêves ?

A suivre.