jeudi 17 août 2006
Soi-même comme un autre
Ici l'autre est Africain. Il s'échappe sur des bateaux où il crève de soif, de faim, pour rejoindre une terre grillagée où il n'a pas de place.
Là-bas l'autre est étranger. Il est extrait de son école, de sa famille, renvoyé dans un pays où il a le malheur (quatrième des six critères éliminatoires de la circulaire Sarkozy) d'avoir gardé "des liens", traces inacceptables de son étrangeté.
Ici l'autre est Libanais. Sa maison est détruite parce que dans son pays pullulent des "terroristes" qui menacent les voisins.
Là-bas l'autre est SDF. Il est renvoyé hors des murs parce que son abri, sa tente, avilit le paysage parisien.
Ici, là-bas, Français, Israéliens, Parisiens, sacrifient d'autres humains sur l'autel de l'ordre qui fonde leur vie. Bien fermer les frontières, expulser l'intrus, même s'il a trois ans, raser un pays de la carte, exiler les pauvres hors de la ville. Ces politiques sont vendues au nom de l'ordre, mais l'ordre sans justice n'est que mort. La mort de l'autre sur les barques, sur les grilles, dans les charters, au Liban ou dans les rues de Paris transforme cet ordre en cauchemar dans lequel nous vivons sans mot dire.
Français, Israéliens, Parisiens : revenez sur vos choix, relisez vos édits de mort et pensez quelques secondes au moins que loin de protéger vos vies vous leur otez tout sens. Si l'existence d'un homme n'a pas de valeur alors la mienne n'en a pas davantage. A moins de soutenir que la vie des Français, Israéliens, Parisiens vaut plus que celles des Africains, Etrangers, Libanais et plus généralement des milliards de pauvres qui vivent sur notre planète. Cette flatterie raciste, nationaliste et élitiste ne fonde-t-elle pas malheureusement les politiques dénoncées ici ? Car derrière des actions prétendumment légitimes se cachent l'hypocrisie des faits : pourquoi la misère pousse-t-elle ces milliers d'hommes à s'enfuir de chez eux ? Pourquoi la France aurait-elle besoin de sacrifier 15 000 existences (sur 20 000 demandes déposées) alors que l'Italie prétend quant à elle régulariser un demi-million de personnes ? Pourquoi des dizaines de milliers de personnes dorment-elles dans les rues de Paris quand un logement sur dix y est vacant ? Le petit monde des uns se reserre et pourrira asphyxié, toutes fenêtres fermées, de peur de manquer d'air.
Ce billet, écrit à 17:47 par Florence Louis dans la catégorie Politique a suscité :