Le Flog, culture et actualité politique

Mais toi tu dis : "Possibilités ? Précisions ?".
Je n'en ai cure. Essayons ! Tout dépend ici du fait d'agir en anticipant.

F. Nietzsche

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mardi 20 septembre 2005

La directive Bolkestein au Parlement européen : déclenchons la démocratie participative !

Contrairement à ce que nous ont dit, au printemps, les Chirac, Hollande, Raffarin, Sarzoky et Strauss-Kahn, la "proposition relative aux services dans le marché intérieur", mieux connue sous le nom de proposition Bolkestein, n'a jamais été et n'est pas dans les poubelles de l'Histoire. Elle n'a jamais été abandonnée. Elle a fait l'objet de débats et de propositions d'amendements dans plusieurs commissions du Parlement européen. Et maintenant, l'heure des votes décisifs approche...

La suite de l'argumentaire de Raoul Jennar ainsi qu'un modèle de mail à envoyer sont disponibles sur Bellacio. L'adresse des députés européens de votre zone électorale est à consulter sur Europarl. Dépêchez-vous, les votes au Parlement européen commencent le 4 octobre !


vendredi 16 septembre 2005

Des voyous d'Amérique latine et d'ailleurs

À trop écouter les médias au pouvoir, la réalité du monde nous échappe très largement. Prenons le cas de l'Amérique latine : les informations comme leur analyse manquent de sérieux et d'objectivité. Le mouvement zapatiste, guérilla offensive dirigée par le seul Marcos (voir Acrimed, rubrique international, Quand le Monde s'essouffle au Chiapas) ? Le Vénézuela, Etat voyou ? La Bolivie, marasme syndical ? Ici comme ailleurs, selon Samuel Moncada, Directeur de l'école d'histoire de l'Université centrale de Caracas, le maître est américain :

Le monde vit des jours difficiles, des jours dangereux. Les lois et les institutions créées par les nations pour maintenir la paix mondiale sont méconnues par le gouvernement qui détient le pouvoir militaire le plus étendu de l'histoire de l'humanité.
Des millions de civils innocents subissent les conséquences de ce pouvoir incontrôlé. Une guerre déclenchée par un gouvernement qui, à l'encontre de la Communauté internationale, joint au but illégal de détruire préventivement le pays qu'il considère une menace : celui de contrôler les ressources naturelles de ce peuple. L'utilisation du pouvoir militaire pour maintenir la supériorité économique représente un danger pour les petites nations du monde. Dans ces circonstances terribles, le principe d'égalité entre nations souveraines disparaît et est remplacé par la loi du plus fort, la plus primitive des lois.

Cette réalité amène aujourd'hui le Président Chavez, rétabli dans ses fonctions le 13 avril 2002 par le peuple vénézuelien, à mettre en garde la communauté internationale le 20 févirer contre son assassinat imminent : Si on m'assassine, j'en rends responsable le président des Etats-Unis, George Bush. (Le Monde diplomatique) Ambiance, ambiance... Si la force de l'agresseur ne fait pas de doute, le rassemblement du peuple reste le seul moyen de contrer l'offensive. Plus généralement, l'historique des derniers soulèvements populaires en Amérique latine est impressionnant. Selon Beatriz Stolowicz, Sociologue, professeur à la faculté des sciences politiques de l'Université autonome métropolitaine de Xochimilco, Mexico, dans le numéro de l'été 2005 d'Amnistia.net :

En janvier 2000, un soulèvement populaire en Equateur entraîne la destitution du président Jamil Mahuad. En avril 2000, un autre soulèvement populaire à Cochabamba en Bolivie freine la privatisation de l'eau.
En février 2001, c'est "la marche de la dignité" convoquée par l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) au Mexique qui mobilise des millions de personnes. En décembre 2001, un mouvement populaire en Argentine fait tomber le président Fernando De la Rúa et trois autres présidents en quinze jours et se maintient dans les rues pendant plus de sept mois. En avril 2002, la résistance du peuple vénézuélien conjure un coup d'Etat, et la mobilisation se répète entre décembre 2002 et février 2003 face au débrayage du patronat putschiste.
En mai 2002, une mobilisation nationale débute en Bolivie, qui se maintient de façon ininterrompue jusqu'en février 2003, faisant reculer des décisions économiques impopulaires du gouvernement et réclamant une assemblée nationale constituante (ces mobilisations serviront de base électorale au quasi-triomphe d'Evo Morales cette année-là). En juin 2002, un mouvement populaire à Arequipa au Pérou freine la privatisation du secteur électrique; le même mois, un soulèvement populaire au Paraguay s'oppose à la privatisation des télécommunications, de l'électricité, de l'eau, des égouts, des transports ferroviaires et empêche l'approbation d'une loi antiterroriste.
En août 2002, les paysans de San Salvador Atenco au Mexique s'opposent à la construction transnationale d'un aéroport géant et empêchent la prise d'effet de l'expropriation de leurs terres. Au même moment, des médecins et travailleurs de la sécurité sociale du Salvador débutent une grève de sept mois qui s'oppose à la privatisation des services sanitaires.
Au Brésil, en septembre 2002, un mois avant les élections présidentielles, dix millions de personnes manifestent contre l'Accord de libre-échange des Amériques (ALCA). En Colombie, en plein milieu de la guerre intensifiée par le plan Colombia, une grève générale est organisée le 16 septembre 2002, et en octobre 2003, les Colombiens font échouer un référendum imposé par le président Alvaro Uribe. A Vieques à Porto Rico, après des années de résistance, le départ de l'île de la marine des Etats-Unis est obtenu en avril 2003. Et entre février et octobre 2003, un soulèvement du peuple bolivien (la guerre du gaz) contre la privatisation de ce secteur contraint le président Gonzalo Sánchez de Lozada à démissionner. Ce ne sont là que quelques exemples notoires, mais il y a beaucoup d'autres mobilisations similaires, dans tous les pays.

Les Etats-Unis, puissance stable d'une paix qui n'est qu'une guerre aux peuples... L'Europe a t-elle pour autant abandonné cette manière de faire ? A en croire les Africains, nous sommes loin du compte (lire Un appel au Président Chirac : l'Afrique doit pouvoir vivre debout). Car que réclament les pays d'Amérique du Sud comme d'Afrique ? L'autonomie, c'est-à-dire la possibilité de gérer leurs richesses à leur profit. Si nous, Européens sommes ulcérés par un tel ordre politique mondial, alors il faut en toute logique bouleverser le fonctionnement même de notre économie. Pour rendre possible l'autonomie du Sud, notre développement doit être fondé sur nos richesses. Concentrons-nous par conséquent sur ce que nous sommes les seuls (ou presque) à savoir faire, en le faisant excellement. Rêvons un peu : une agriculture biologique à grande échelle pour sortir de la surproduction et des périls agro-alimentaires ;une industrie fondée sur des technologies non polluantes pour garantir la survivance de l'emploi sur notre sol ; la production d'énergies innovantes pour au moins respecter les engagements de Kyoto et surtout envisager l'avenir de nos enfants ; l'éducation et la formation de tous à des techniques nouvelles et à une éthique fondée sur des valeurs fortes : respect des individus (humain, animal comme végétal), partage du travail et de ses fruits, recherche et progrès scientifique... Mais pour mener à bien de tels projets, n'avons-nous pas nous aussi d'abord à réinvestir l'espace public... ou ce qu'il en reste ?

Pour les hispanisants, consultez El jugueterabioso, journal indépendant bolivien désormais distribué à Paris.


lundi 5 septembre 2005

Incendies parisiens : à qui profite le crime ?

Devant l'horreur qui frappe une certaine population parisienne logée dans des taudis, endeuillée par la mort de plus de soixante personnes en quatre mois, qui se voit aujourd'hui jetée dehors par la police, il semble urgent de réfléchir aux causes de cette situation.

Car si celle-ci n'est pas nouvelle, elle tend néanmoins à s'aggraver. En effet, si les immeubles brûlent, c'est qu'ils sont insalubres. Pourquoi des propriétaires laissent-ils leurs biens à l'abandon ? La réponse est simple : ça rapporte. Il faut en effet placer notre réflexion au coeur de ce qui n'est plus qu'un business florissant : Paris. Non contents de détruire peu à peu notre économie, les possédants, (trop frileux pour investir dans un CAC 40 en hausse de 40% depuis 2 ans ou tellement riches qu'ils ne savent plus quoi faire de leur argent ?) font de notre ville leur quartier général. Les quelques arrondissements qui restent "populaires" sont dépecés et l'insalubrité génère des démolitions, le meilleur signe qui soit pour la spéculation. Cette spéculation qui rend le prix des locations et des ventes absolument absurdes, explique également le scandale qui sous-tend les drames dont nous parlons : d'après le DAL,

en 1962 Paris comptait 20 000 logements vacants selon le recensement. Aujourd'hui 2 millions de logements sont vides en France, et Paris compte 136 554 logements vacants, soit un logement sur dix.

Dès lors se pose une autre question : pourquoi les pauvres gens sont-ils dans les meilleurs cas, logés par la Mairie de Paris dans des taudis, tandis que d'autres meurent de froid chaque hiver ? D'une part, il faut comprendre que malgré ses larmes, M. Delanoë comme ses prédécesseurs connait parfaitement les problèmes d'insalubrité de la ville et la spéculation qui les accompagne et dont certains profitent. Il faut assumer la politique qu'on suit : combien de logements auraient pû être réhabilités avec les 3,8 millions d'euros du Paris plage 2005 ? Si l'immobilisme stratégique de certains politiques amène de tels drames, il est doublé d'un activisme politique largement aussi criminel. Car d'autre part c'est bien l'accroissement de la pauvreté qui explique qu'en même temps que les logements sont réquisitionnés par les spéculateurs, le nombre des nécessiteux augmente. Les politiques qui frappent de plein fouet les classes pauvres portent leurs fruits véreux : citons notamment le non respect du droit d'asile qui prive ceux qui en avait jusque là la possibilité de vivre normalement dans leur pays d'accueil. Ainsi, les victimes de l'incendie de la rue du Roi Doré étaient ivoiriennes. Comme l'indique le dernier communiqué de la Coordination nationale des sans papiers :

Le rapport OFPRA 2003 (Office français de protection des réfugiés et apatrides) nous apprend que 1329 ivoiriens ont fui leur pays en guerre civile, mais que seuls 15,7% ont obtenu le droit d'asile politique, c'est-à-dire qu'ils sont exactement 317 ivoiriens admis au séjour régulier et 1012 ivoiriens dont certainement les 7 morts de la rue du Roi Doré Paris 3éme ont été éconduits.

Mais loin de s'arrêter là le drame s'intensifie avec la réaction du Gouvernement devant la tragédie dont sont victimes les familles sans logement. Voilà qu'elles sont expulsées manu militari : foutues dehors de leurs abris. Au moins les propriétaires sont rassurés : ils n'auront plus besoin du Figaro pour défendre leur point de vue et dormir tranquille (le lendemain de l'incendie du XIIIème le journal osait publier Le "j'accuse" du propriétaire). Odieuse, la méthode Sarkozy est à l'instar de son initiateur d'autant plus redoutable qu'elle est efficace. A nous citoyens d'en réveler les buts inavoués : expulser les pauvres de Paris pour que les immeubles continuent à croupir, mais vides ; humilier les populations d'origine africaine (n'oublions pas que ces enfants sont nés en France : ils sont français), dans quel but ? Peut-être flatter la xénophobie de certains téléspectateurs et attirer ainsi leur vote aux présidentielles ?

La situation est d'autant plus scandaleuse que depuis des années des hommes et des femmes se battent pour proposer des solutions. Rappelons notamment que parallèlement à des politiques responsables et courageuses en matière d'immigration, de respect des droits humains, de protection sociale et d'emploi, il revient à nos gouvernants d'appliquer les mesures qui existent dans la loi française. En l'occurrence, la loi sur les logements d'office, permet au Préfet de réquisitionner des logements vacants pour des personnes et familles mal logées ou sans logis. C'est une des principales dispositions du livre sixième du Code de la Construction et de l'Habitation (C.C.H.) consacré aux "mesures tendant à remédier à des difficultés exceptionnelles de logement". On peut lire au livre Sixième, Exposé des principes, chapitre premier :

Art 611-1. "Dans les villes où il existe une crise grave du logement, des mesures exceptionnelles et temporaires sont prises en vue de réaliser une meilleure répartition des locaux de manière que puisse être assurée l'installation de ceux qui, en raison de leur travail et de leur situation de famille doivent être pourvus de logement".

Cette loi offre ainsi aux Maires et aux Préfets un moyen d'action efficace pour remédier à la situation de crise dans laquelle la France se trouve. Solidaires des sans logement, agissons : réfléchissons et demandons l'application de la la loi de réquisition.


À propos

Le Flog est un magazine culturel et politique qui donne du sens à l'information. Il s'agit d'éclairer l'actualité afin de mettre en débat la construction du monde et d'enrichir le point de vue de ses lecteurs de visions alternatives (arts, philosophie, sciences...).

Le Flog est conçu et réalisé par Florence Louis, diplômée de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en Philosophie Politique (DEA), licenciée en Histoire, écrivain public et Présidente depuis 1999 de l'association Panamafrica.