Le Flog, culture et actualité politique

Mais toi tu dis : "Possibilités ? Précisions ?".
Je n'en ai cure. Essayons ! Tout dépend ici du fait d'agir en anticipant.

F. Nietzsche

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samedi 28 mai 2005

Bob l'Eponge, invention de Stephen Hillenburg

Que s'est-il passé dans la tête de Stephen Hillenburg, joyeux trentenaire, pour qu'il accouche d'une éponge ? La création en question, Bob L'Eponge, est simplement la révélation de ces trois dernières années en matière de dessin-animé. Un phénomène interplanétaire en pleine expansion.

Bob l'Eponge : Un nouveau monde
Aux Etats-Unis, on ne parle plus que de lui. Qui ? SpongeBob Squarepants - littéralement, Bob l'Eponge aux Pantalons Bien Taillés. Répondant à ce doux nom, une éponge rectangulaire, jaune et hilare, aux gros yeux bleus globuleux, habillée tout de même d'une chemisette blanche, d'une cravate rouge, d'un bermuda à ceinture et d'une paire de chaussures vernis. Et oui, le héros dessiné des gamins de 2004 est plutôt BCBG, loin des looks urbains de Bart Simpson ou de la bande à South Park. Ici, pour Bob l'Eponge, on pourrait trouver une filiation plutôt du côté de chez Pee Wee Hermann, grand dadet en costume et nœud rouge des années 80, génial et horripilant. Car chez Bob l'Eponge, comme chez Pee Wee, c'est l'absurde qui fait la loi. On est loin de la critique sociale, du reflet de l'Amérique comme on peut le trouver dans les séries suscitées. Non, la vie de Bob se passe sous l'eau, entre quelques rochers et algues décoratives. Sa maison n'est autre qu'un ananas. Nous sommes à Bikini Bottom, une destination de rêve - dans les deux sens du terme. Car un épisode de Bob l'Eponge est, à l'instar de Star Trek, une expérience irréelle unique, une aventure loin, loin de notre pauvre quotidien. Seuls liens, les sujets de conversation ou les idées, toujours proche de nos petites réflexions à nous.

Derrière Bob, Stephen Hillenburg
Né le 21 août 1961 à Fort Sill, dans l'Oklahoma, Stephen Hillenburg se passionne très tôt pour le monde sous-marin. La vision des films de Jacques-Yves Cousteau le rend définitivement amoureux de la mer et il entame des études sur le sujet. Il devient alors professeur de biologie marine à l'Institut Océanographique de Orange County. Mais son autre obsession, le dessin, le pousse à retourner en classe d'animation au California Institute of the Arts. Il y réalise ses premiers courts-métrages, puis, une fois l'école finie, il commence à travailler chez Nickelodeon, grosse firme de télé enfantine. Là, il apprend les rudiments du métier et commence à réfléchir sur la série qu'il voudrait créer. J'avais envie d'inventer un show où le héros serait totalement innocent, se rappelle Stephen Hillenburg. De son amour pour les fonds marins, Hillenburg garde l'idée d'une bande de potes vivant sous l'eau. Il se procure un aquarium et se construit un univers bien spécial. Il se met aussi au ukulélé, et chante "SpongeBoy ! SpongeBoy !". Mais, le nom est déjà déposé, donc l'auteur choisi finalement SpongeBob. Au départ, l'idée de l'éponge germe, mais il s'agit alors d'une éponge naturelle, difforme. Puis, en y réfléchissant encore, Hillenburg observe sa maison, sa cuisine et décide de donner vue à une éponge de cuisine, bien rectangulaire, bien clean. Le résultat lui plaît : Bob l'Eponge est né.

L'esprit Bob l'Eponge
Ce qui différencie Bob des autres dessins-animés, c'est l'atmosphère absurde, voire pour certains stupide : Mes personnages ont souvent des réactions idiotes, et des comportements parfois totalement ridicules, et les blagues qu'ils se font n'ont souvent pas de références culturelles pop, comme c'est le cas dans d'autres séries jouant avec le second degré... Tout dans Bob tourne autour du côté ludique. L'humour est ludique, le monde représenté est entièrement ludique. Nous avons toujours voulu un show très drôle. Mais, il y a, je pense, un message à la fin : traite les gens de la même manière que toi, tu veux être traité. D'autres messages viennent du fait que nous écrivons les histoires en nous inspirant de nos expériences lorsque nous étions enfants, des événements que nous avons des fois vécu comme des choses difficiles, ingrates, et qui, rétrospectivement, sont super drôles. Un peu comme lorsque vous apprenez votre premier gros mot et que vous n'avez aucune idée de ce qu'il veut dire... C'est cette sincérité dans l'élaboration de la série qui prévaut. Et Stephen Hillenburg le sait : Beaucoup de programmes télé pour les enfants sont, je trouve, très insultants pour l'intelligence. Et pour nous, l'absurdité n'est pas la seule chose qui compte, c'est juste un élément qui entre en ligne, sans nuire aux propos développés dans Bob... Certains voient également Bob comme l'anti-Bart Simpson - il est jaune, mais sa tête est carrée (à l'opposé de la rondeur de Bart), et il a un esprit terriblement positif, il ne critique jamais les autres autour de lui (ce que Bart, souvent blasé, fait en permanence).

L'invasion mondiale d'une éponge
Et ça marche ! Le succès de Bob l'Eponge et de ses amis (car il est entouré d'une foultitude de personnages, à commencer par son meilleur ami, Patrick l'étoile de mer ou son animal de compagnie, Gary l'escargot, qui miaule (sic) !) est énorme. Bob est devenu en quelques mois un phénomène nationale, et les produits dérivés ont déboulé dans tous les magasins, occupant même un étage entier au Toys'R'Us de Times Square à New York. Des Bob à toutes les sauces, en cahier, en serviettes de plage, en géant gonflable, en chaise longue, en skateboards, en mug... Bref, la Spongemania déferle. Et l'Europe est à son tour en train de succomber. Il est vrai que par les temps qui courent, Bob apparaît comme une vague de fraîcheur dans une société au bord de l'asphyxie. Stephen Hillenburg est le premier surpris : J'espérais que nous allions toucher les gens, mais pas dans ces proportions. Voir tous ces gens et beaucoup d'adultes portaient des sweats shirts avec un dessin sur le ventre dont vous êtes l'auteur, c'est à la fois merveilleux et très étrange... Egalement présent dans les jeux vidéos Playstation, Bob est devenu incontournable. Et nombreux sont ceux qui commencent à poser des questions. Parmi elles, une capte l'attention de Stephen : Bob serait-il homosexuel ? À cette idée, relayée par le fait que Bob a pour ami Patrick, l'étoile de mer, Hillenburg répond : Je ne crois pas que Bob est une sexualité facile à définir. Il est en mon sens vraiment asexué. Mais je comprends que la communauté gay s'y intéresse puique le leitmotiv du show est la tolérance. Les personnages sont tous très différents, et pourtant ils s'acceptent tous entre eux, sans appuyer sur les choses qui pourraient les éloigner.

Depuis quelques mois, Hillenburg a arrêté de travailler sur la série télé pour se concentrer totalement sur le film, qui est prévu pour bientôt. Il a été annoncé à de multiples reprises mais nous le sortirons que lorsque nous le jugerons parfait. Et nous y sommes presque. Le plus dur a été de trouver une histoire captivante qui dépasse une heure, alors que chaque épisode de Bob dure onze minutes, ou parfois deux fois onze minutes. Mais tout le monde veut en savoir plus sur Bob et son monde, je pense que l'on va apprendre de nouvelles choses. C'est très excitant... Pour ce qui est de la série télé, nous approchons les soixante épisodes, ce qui est très bien et je me pose la question de l'arrêt du show. J'aimerais pouvoir dire stop avant que le public en ait marre !. Comme Nickelodeon est la réelle propriétaire de la série, les dirigeants pourraient choisir de continuer la série, sans Stephen Hillenburg, mais l'auteur en doute : Je ne pense pas qu'ils aient la motivation pour. De toute façon, on verra bien ce qui se passera après la sortie du film, en 2005. En attendant, Bob continue lui à faire des ravages !


dimanche 22 mai 2005

Ringards, mais responsables

La question est d'importance : approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ?. Une semaine avant le scrutin, réaffirmons les raisons qui nous poussent à répondre non. Précisons que cette réponse n'est en rien l'assurance d'un paradis européen (Libération, 20 mai) mais la seule façon d'éviter d'inscrire dans une constitution des politiques proprement infernales.

Je voterai non dimanche parce que l'Europe a justement besoin d'une constitution et non d'un programme économique pour l'avenir. Or, la troisième partie du traité intitulé "Politiques et fonctionnement de l'Union" constitue un tel programme.Tous les partisans français du non s'accordent pour demander le retrait de cette partie.

Je voterai non dimanche parce que cette constitution représente un engagement pour la poursuite du libéralisme. Si les traités antérieurs sont fondés sur des principes libéraux, il est possible d'en signer d'autres proposant de nouvelles politiques. Au contraire, la constitution ne pourra pas être revue sans l'unanimité des pays. Nous n'avons pas le droit de décider pour l'avenir de ce qu'il faut faire en matière économique. Une telle constitution représente un prétexte pour garantir la continuation de politiques économiques dont l'application exclusive entraîne des ravages qui commencent à être critiqués non plus par un petit nombre d'avertis mais par les nombreux citoyens qui en sont victimes.

Je voterai non dimanche parce que la concurrence libre et non faussée est le principe directeur du texte proposé. Or, il n'est en rien prouvé que ce principe assure le bien-être économique des populations. La France des Trente glorieuses se portait bien sans respecter ce dogme. La mise en concurrence totale de l'économie intéresse les capitalistes qui ont besoin de gagner encore et toujours de nouveaux marchés. La concurrence n'est pas mauvaise en soi mais ne doit pas constituer un absolu. Interdire à l'Etat toute intervention économique nous condamne à voir le privé gérer l'ensemble des activités qui rapportent, au profit non de l'intérêt de tous, mais de celui des actionnaires. Nous refusons la concurrence totale comme le dirigisme soviétique : tout est affaire de degré et le projet de constitution ne fait pas dans la nuance.

On nous dit que cette constitution n'est pas libérale. Ce mensonge vise à dissimuler la véritable fonction du texte : instaurer le libéralisme comme seule politique possible.

On nous dit que cette constitution n'est que la reprise des traités antérieurs, qu'il est à la mode de critiquer. Pourquoi dès lors les inscrire dans une constitution ?

Pour conclure, je citerai un jeune (très) diplomé qui a longtemps participé à un des nombreux clubs de réflexion de Jean-Pierre Raffarin et qui avoue dans son récent témoignage d'un revenu du oui :

alors que je m'acquittais du moins mal que je pouvais du travail que l'on m'avait confié, j'ai été, au milieu de la campagne, lors d'une de nos réunions hebdomadaires du lundi, troublé d'entendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton de l'évidence que comme on ne peut pas contrer les arguments du Non, il faut le discréditer, le ringardiser... sans que cela ne soulève la moindre vague de protestation chez les participants.

Par honnetété intellectuelle et conviction politique, acceptons d'être ringardisés, et ne serait-ce que parce que ce texte est illisible, répondons avec force, puisque nous en avons le droit, que non, nous n'approuvons pas ce traité. Et quel que soit ensuite le résultat du référendum, poursuivons la réflexion autour de l'Europe que nous voulons construire.


mercredi 11 mai 2005

Kerouac sur les ondes

Un délice qu'il est encore temps de partager avec vous : France Culture présente Sur la route, de Jack Kerouac, en 20 épisodes, chaque jour à 11 h. Un régal sous fond de jazz nous rappelle la force d'une langue intarissable, puissante, frappée et nous invite à retourner à nos livres écornés. Si c'est une découverte, elle vous portera dans l'amitié des compagnons de vie et de voyage de la Beat generation à travers l'Amérique et vous permettra d'entrer dans une des oeuvres littéraires les plus stimulantes du siècle dernier.

Vous pouvez réécouter les émissions sur le site de France Culture.


À propos

Le Flog est un magazine culturel et politique qui donne du sens à l'information. Il s'agit d'éclairer l'actualité afin de mettre en débat la construction du monde et d'enrichir le point de vue de ses lecteurs de visions alternatives (arts, philosophie, sciences...).

Le Flog est conçu et réalisé par Florence Louis, diplômée de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en Philosophie Politique (DEA), licenciée en Histoire, écrivain public et Présidente depuis 1999 de l'association Panamafrica.