Le Flog, culture et actualité politique

Mais toi tu dis : "Possibilités ? Précisions ?".
Je n'en ai cure. Essayons ! Tout dépend ici du fait d'agir en anticipant.

F. Nietzsche

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jeudi 28 avril 2005

La belle envolée du non

Une fenêtre de tir qui vaut bien quelques minutes d'attention. Parmi les sites intéressants, je vous recommande également la synthèse remarquable d'un professeur de droit, Etienne Chouard.


mercredi 27 avril 2005

Un appel au Président Chirac : l'Afrique doit pouvoir vivre debout

Quand l'ancienne ministre de la culture malienne, Aminata Traoré, écrit une Lettre au Président des Français à propos de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique en général (Fayard, 2005), la démonstration est saisissante : pour que l'Afrique puisse "vivre debout", les Français doivent regarder la situation africaine en face, et notamment les responsabilités actuelles de son gouvernement.

La ministre part d'une interrogation : pourquoi le Président français fait-il des déclarations très engageantes sur la scène internationale, parlant d'une maison qui brûle, alors que nous regardons ailleurs, des jeunes qui n'accepteront pas ni ne toléreront d'être marginalisés, qui seront suffisamment nombreux pour imposer au monde des drames et des difficultés insurmontables, alors que rien, rien n'avance dans le bon sens ? Partant de "l'oubli et du mépris" avec lequel le monde regarde le continent africain, Aminata Traoré interroge Monsieur Chirac :

Hier, sous la contrainte, nos pays ont fourni des hommes à l'armée française, de l'argent au Trésor français, des produits de base à l'industrie française, et ils ont servi de débouchés aux biens et services produits par la France. Le commerce mondial est le nouveau nom des mêmes mécanismes d'extorsion, vos grandes entreprises ayant remplacé vos maisons de commerce.

Nous vous excédons, ainsi que la plupart des hommes de droite, lorsque nous parlons de recolonisation, mais qu'est ce qui a véritablement changé entre hier et aujourd'hui ? Si ce n'est qu'en cinq décennies de lavage de cerveaux vous avez réussi à nous faire admettre que nous sommes réellement indépendants et libres de nos choix et de nos décisions, que vous ne nous voulez que du bien. Pensez-vous, Monsieur le Président, que la France de la finance et du commerce, qui ne jure que par la croissance et la compétitivité au sein de l'Europe et dans le monde, peut lâcher du lest en Côte d'IVoire et en Afrique afin que nous puissions vivre enfin de nos richesses ?

"Du miracle ivoirien au bourbier" : la ministre malienne explique comment le développement miraculeux de la Côte d'Ivoire, modèle d'une économie extravertie et dépendante, portait en germes sa chute actuelle. La crise politique devenue guerre civile après le coup d'état manqué du 19 septembre 2002 a pour origine la trahison du Président Gbagbo qui décide d'ouvrir davantage son pays à d'autres investiseurs, en l'occurrence les Etats-Unis et la Chine. Cette perspective vous indispose au plus haut point du fait du poids des entreprises françaises, qui représentent 30 % du PIB de la Côte d' Ivoire. "Dans chaque ministère, un conseiller français veille au grain et les grands groupes (Bouygues, Bolloré, EDF, Saur et les autres) sont habitués à se voir attribuer les contrats sans devoir affronter la concurrence internationale, tandis que la Société générale, la BNP et le Crédit Lyonnais dominent sans partage le secteur bancaire. De plus, lors des campagnes électorales en France, les partis politiques de droite comptent sur les financements de l'Afrique." (C. Braeckman, "Au coeur de la crise ivoirienne, Manière de voir, février-mars 2005) A partir de ce moment-là, les intérêts économiques, financiers et politiques de la France n'ont donc plus été protégés dans le pays qui fut le fleuron du pré carré. L'ivoirité est selon l'auteur un concept instrumentalisé par tous les partis dont le but est d'atteindre le pouvoir, par tous les moyens.
La ministre élargit ensuite sa réflexion à l'économie en prenant "le coton à témoin".

Dans un ordre mondial responsable et décent, parce que respectueux des droits humains les plus élémentaires, la Côte d'Ivoire n'aurait pas eu à s'ouvrir les veines pour approvisionner le marché mondial de tant de cacao, de café et de bois, pendant que sa propre population, en majorité jeune, s'appauvrit de jour en jour, s'exile ou se réfugie dans la revendication ethnique, la religion et/ou la violence sous diverses formes. Dans le même ordre d'idées, le Mali, pays sahélien et enclavé, ne se serait pas donné tant de mal pour produire une quantité considérable de coton, qu'il vend difficilement parce que ceux-là mêmes qui l'invitent à l'ouverture économique inondent le marché. (...)

L'ordre économique ne nous dépouille pas seulement des richesses de nos sols et de nos sous-sols, qu'il rétribue mal, Monsieur le Président. Il nous vole surtout notre âme et notre dignité, nous qui n'aspirons qu'à vivre debout. Nous nous mondialisons en vous imitant dans les moindres détails, en nous déguisant. C'est ainsi que vos grandes entreprises peuvent prospérer et gagner la bataille de la compétitivité. C'est ainsi que vous équilibrez vos balances de paiements en déséquilibrant les notres. Cette supercherie qui dure depuis trop longtemps, Monsieur le Président, n'autorise plus la communauté internationale qui ne le sait que trop, à pleurnicher sur le sort de l'Afrique.

Le fonctionnement de l'économie française s'éclaire. Les sociétés nationales africaines de coton sont le relais de la société Dagris, Développement des agro industries du Sud, dont le principal actionnaire est l'Etat français. Celui-ci détient par ailleurs 40% de la Compagnie malienne de développement des fibres textiles. La France organise le commerce du coton dont elle tire plus de profit que les paysans qui ont vu le prix constant du coton baisser de 2,25 € à 1,09 €. Ceux-ci sont désormais la proie des USA qui, non contents de subventionner leur production cotonnière au mépris d'un juste commerce, veulent imposer un coton OGM, ce qui obligerait les paysans à acheter les semences qui restent un des rares biens accessibles parce que gratuits. Toujours plus de dépendance...

Aminata Traoré remet en cause le sens de la coopération : pour qui coopère-t-on ? Dans son chapitre "l'élite formatée", elle démontre la logique implacable des "amis de la France" placés à la tête des anciennes colonies. Elle s'interroge sur la responsabilité des élites africaines : n'auraient-elles pas intérêt à arrêter le jeu et à essayer de se débrouiller seules avec la détresse de leurs peuples ?

Car l'aide apportée par les grands bailleurs est un poids.

Si l'aide ne parvient pas à juguler la pauvreté, c'est précisément parce qu'elle sert des réformes économiques destructrices du tissu social et des écosystèmes. Celles-ci ont une part considérable dans la paupérisation de l'Afrique dont découlent les crises - comme celle de la Côte d'Ivoire et celle de la filière cotonnière. Mais répondent-elles de leurs erreurs ? (...) Le poids de la pensée unique et la pression de la communauté des créanciers sont tels qu'il est hors de question d'interroger ces réformes qui, depuis les années 1980, sont en train de démanteler l'Etat, les systèmes de pensée, de production, de gestion et de ditribution des biens et services.
Toute critique de la pensée est considérée comme de la frilosité, de la régression ou de la nostalgie, là où il faut, semble-t-il, être entreprenant, agressif, compétitif.

A ces constats, la ministre malienne oppose un devoir de résistance, dont l'objectif est de renouer avec l'histoire de la libération de l'Afrique. Mais à qui s'adresse en premier lieu cet appel ? Nous, Français, qui recevons de l'Afrique tant et tant depuis des siècles, sommes-nous assez matures pour prendre à notre compte cette compréhension de l'Histoire ? N'est-il pas temps de réaliser ce dont notre pays est responsable afin de mettre un terme à une attitude schizophrénique ? Rendez-nous notre humanité demande Aminata : l'inhumanité que la France contribue à faire régner en Afrique nous dégrade parce que nous sommes une seule humanité. Le désespoir qui nous étreint face à la misère n'existe que parce que nous espérons mieux, parce que nous croyons à une possible justice. La France a besoin de s'autoriser à changer, à rompre avec ses pratiques séculaires d'exploitation du Sud. À nous, Français, de commencer à nous en rendre compte.


dimanche 10 avril 2005

Plate-forme féministe contre le projet de constitution

Des associations de défense des femmes (Coordination des Groupes Femmes "Egalité", Femmes Solidaires, Femmes, Genre et Mondialisation d'Attac, Initiative Féministe Européenne pour une Autre Europe, Les Pénélopes, Réseau Féministes "Ruptures") présentent une pétition proposant des modifications significatives du projet constitutionnel en faveur des femmes. Elles déplorent notamment l'absence de certains droits jugés fondamentaux et soulignent le risque de régression de plusieurs droits acquis.

Télécharger la pétition (document MS Word, 31 Ko).


samedi 9 avril 2005

Musique traditionnelle malgache en ligne

Les Archives virtuelles de la musique malgache constituent une base de données rassemblant des textes, des images, des échantillons musicaux ainsi que des références bibliographiques et discographiques.

Note importante : le contenu du site peut être exploité mais à la condition expresse que la source des documents soit citée et que la forme de ces derniers ne soit pas modifiée, sans préjudice des droits légaux des auteurs, artistes, producteurs et éditeurs des oeuvres.
Bonne écoute !


vendredi 8 avril 2005

La Directive Bolkestein ou pourquoi les peuples européens feraient bien de se mêler de leurs affaires

Le libéralisme pratiqué par Bruxelles n'est pas assumé publiquement. C'est la leçon que nous pouvons tirer de l'épisode Bolkestein. Accepté par tous dans l'ombre, critiqué dans les milieux militants, le projet de directive sur les services s'est vu propulsé tout d'un coup sous les feux des médias. Le 15 mars dernier, le président de la Commission européenne déclarait qu'il n'entendait pas revenir sur le principe du pays d'origine, pourtant au centre des critiques. Une semaine et une manifestation médiatisée plus tard, le 23 mars, le même M. Barroso annonçait que la directive ne répondait pas aux exigences sociales et qu'elle serait pour cela revue. Fallait-il simplement rappeler que la société avait des exigences en la matière ? En visite à Paris hier, M. Barroso s'est étonné du pessimisme et de la peur qui sous-tendent selon lui les protestations contre son projet.

La question de l'immigration est aussi fondamentale que complexe. L'ANPE organisait ainsi les 23 et 24 mars dernier un colloque sur le thème "Migrations internationales et gestion de l'emploi". L'atelier "Cadres légaux des politiques migratoires" a été l'occasion pour le public de demander des explications sur cette question à d'éminents juristes. Michèle Bonnechère, Professeur de droit du travail à l'Université d'Évry, a ainsi expliqué : il existe une directive du 16 décembre 1996 qui a le mérite d'imposer dans le cadre des détachements le respect du salaire minimum et d'un noyau dur de la législation du pays d'accueil. Elle n'est pas remise en cause par la directive sur les services, mais elle est néanmoins présentée comme une exception. Considérer le droit social comme une exception constitue il est vrai un problème. Le contrôle reste également problématique. Jean-Yves Carlier, Professeur de droit à l'Université catholique de Louvain, en Belgique, a pour sa part parlé de consensus trop minimum qui peut entraîner des risques dans la mise en oeuvre de ces textes.

Si la directive Bolkestein s'intéresse aux travailleurs détachés, la Commission européenne a adopté cette année un livre vert sur une approche européenne pour la gestion des migrations économiques. Elle constate l'interdépendance des politiques migratoires des Etats membres : ils sont confrontés aux mêmes enjeux. Le but du livre vert n'est pas de définir la nature ou le volume des flux migratoires, mais de lancer un débat sur un éventuel cadre institutionnel européen pour l'immigration économique qui vienne compléter les instruments nationaux. S'il pose des questions et propose des options, il n'apporte pas de réponses. La Commission invite tous les acteurs concernés à envoyer leur contribution avant le 15 avril 2005. Un débat public se tiendra fin juin et la Commission préparera ensuite un plan d'action européen sur l'immigration légale, en réponse à la demande du Conseil européen, formulée en décembre 2000. La contribution finale du colloque, par Jacky Fayolle, Directeur de l'Institut de Recherche économiques et sociales, revient sur ce thème précis et mérite d'être entendue et discutée :

A-t-on affaire aujourd'hui a des migrations plus déstabilisantes, dans un contexte de libéralisation ? L'économie informelle employant structurellement des travailleurs non déclarés se développe. Les échanges de prestations de services tendent a articuler migration et délocalisation. A cet égard, si le projet plus ou moins défunt de la directive Bolkestein ne remet pas en cause formellement le droit du travail et le droit social applicable, ceux du pays d'accueil, elle soulève quelques fortes questions concernant l'intéret salarial de l'employeur à pratiquer un détachement, en particulier pour les salariés mieux qualifiés que le niveau correspondant au salaire minimum du pays d'accueil. Elle nous interroge sur le risque d'évasion des cotisations sociales, la subordination excessive du travailleur détaché et le contrôle des modalités effectives du détachement et de sa durée.

C'est le contenu de la mobilité qui est en jeu. La mobilité est-elle l'exercice d'une liberté réelle par des travailleurs munis de droits personnalisés et collectivement garantis ou la contrepartie d'une libéralisation des prestations de services subordonnant étroitement les travailleurs détachés ?

Le livre vert pose ainsi la question : devrait-il y avoir des limitations de la mobilité du travailleur ressortissant d'un pays tiers sur le marché du travail de l'Etat membre de séjour ? Dans l'affirmative, lesquelles (employeur, secteur, région, etc.), dans quels cas et pendant combien de temps ? Qui devrait être le titulaire du permis (combiné de travail et de séjour) ? L'employeur, le travailleur ou devraient-ils être co-titulaires ? Le livre vert évoque également le risque que le migrant devienne ainsi propriété de son employeur.

Il semble néanmoins que la simple évocation des risques ne suffisse pas, loin de là, à les enrayer. Le GISTI, (Groupe d'information et de soutien des immigrés), propose une analyse approfondie du livre vert qui critique la tendance européenne à faire de l'utilitarisme migratoire.

Dans tout ce système d'immigration économique, depuis l'évaluation des besoins économiques ou des quotas jusqu'au contrôle des droits des migrants exercé par leur employeur, on assiste à un transfert inquiétant des responsabilités de l'immigration de l'Etat vers les employeurs et les organisations patronales. Qui sera garant des droits des travailleurs si l'Etat manque à son devoir de protection des "plus faibles" ? Quel contrôle démocratique peut-il s'exercer sur ces mécanismes ? Laisserons nous les intérêts économiques déposséder la démocratie ?

Entre la peur d'une immigration pourtant nécessaire à une Europe vieillissante, l'hypocrite fermeture de l'Europe depuis la crise pétrolière des années 1970, l'illégalité de masse et l'entrée des nouveaux pays membres, l'attrait de modèles sélectifs des migrants (à l'image d'un Canada qui reste toutefois plus de dix fois moins peuplé que l'Europe), doit nous interroger pour qu'ils ne nous soient pas imposés comme solution miracle à une question éminement complexe.


jeudi 7 avril 2005

Peer Gynt au théâtre de l'Odéon

A première vue, les trois heures et quelques de représentation semblent redoutables.
Pourtant, dès la première scène, le personnage éponyme de la pièce d'Henrik Ibsen enchante et nous rassure. Jusqu'à la fin nous ne le quitterons plus des yeux, lui qui gesticule sans cesse, qui profère ses histoires fleuves en narguant son auditoire. Car Peer Gynt est hilarant. Ridicule, on l'invite à boire pour aider son épanchement verbal. Et Peer se livre généreusement aux rires qu'il défie avec fierté. Nous le suivons durant toute son existence, tourbillon de vie dont les éléments objectifs se perdent dans une narration rocambolesque. On ne sait ce que peut traduire par exemple la rencontre d'une tribu de trolls, et au fond on s'en moque car la question ne nous effleure même pas.

C'est peut-être la liberté du rêve qui nous enchaîne au récit et nous ravit. Peer Gynt rêve ce qu'il vit et nous rêvons avec lui. Quand vient l'heure du bilan fatal comme lui nous sommes troublés devant l'interrogation finale. Plongés dans sa vie rêvée plutôt qu'analysée, décrite ou raisonnée, nous nous réveillons abasourdis. Quoi ? La mort, déjà ? Un tel personnage devrait être immortel.


À propos

Le Flog est un magazine culturel et politique qui donne du sens à l'information. Il s'agit d'éclairer l'actualité afin de mettre en débat la construction du monde et d'enrichir le point de vue de ses lecteurs de visions alternatives (arts, philosophie, sciences...).

Le Flog est conçu et réalisé par Florence Louis, diplômée de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en Philosophie Politique (DEA), licenciée en Histoire, écrivain public et Présidente depuis 1999 de l'association Panamafrica.