Le Flog, culture et actualité politique

Mais toi tu dis : "Possibilités ? Précisions ?".
Je n'en ai cure. Essayons ! Tout dépend ici du fait d'agir en anticipant.

F. Nietzsche

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lundi 14 mars 2005

Un résumé des arguments pour le non à la constitution européenne

Attac, association centrale du renouveau politique qualifié d'altermondialiste, présente un concentré pédagogique et pertinent d'un argumentaire anticonstitutionnel.

Dix bonnes raisons, chacune suffisante, de voter NON au référendum sur la constitution européenne. Compilation des argumentaires de Bernard Cassen (Emission Des Sous... et des Hommes du 22 Octobre 2004 sur AligreFM), Yves Cochet (Question à Assemblée Nationale), Michel Husson (Rouge n°2092), Raoul Marc Jennar (Indymedia), et André-Jacques Holbecq, (5 février 2005)


mardi 8 mars 2005

90 jours pour déjouer les 1001 tours du projet de constitution européenne

Il reste 90 jours aux Français pour se prononcer pour ou contre le projet de constitution européenne. Reprenons la réflexion à son point de départ : qui a conçu ce texte, et pourquoi  ?

Dans un article paru dans Le Monde diplomatique, en novembre dernier, Anne-Cécile Robert explique qu'une constitution est l'acte solennel par lequel une communauté politique (un peuple ou une nation) définit ses valeurs et organise la production des règles juridiques, notamment les lois, auxquelles elle se soumet (Olivier Beaud, "Constitution", Dictionnaire de la culture juridique, Lamy-Presses universitaires de France, Paris, 2003, p.257). Une assemblée dite constituante doit donc être élue comme assemblée représentative pour concevoir et voter une constitution, comme ce fut le cas des deux premières, celle de la France de 1791 et des Etats-Unis de 1787. Or,

la convention sur l'avenir de l'Europe n'avait qu'un lien lointain avec les populations. Elle était composée de membres nommés (président et vice-présidents désignés par le Conseil européen ; représentants des gouvernements), de membres de la Commission européenne et d'élus choisis par le Parlement européen et les parlements nationaux. Les dix pays candidats admis le 1er mai 2004, ainsi que la Turquie, la Roumanie et la Bulgarie, furent invités à participer aux débats (39 représentants sur les 105 membres de la convention). Cette instance constituait donc un agrégat et non une assemblée représentative (...) Pour entrer dans un véritable processus constituant, il faudrait que naisse un peuple européen se reconnaissant dans une communauté de destin.

Nous pouvons penser qu'il existe bien un peuple européen mais qu'il est loin d'avoir conscience qu'il doit prendre en charge son destin. Ainsi, la création actuelle de dizaines de comités qui débattent du projet européen représente un embryon de réflexion qui pourrait amener en cas de rejet du projet, la création d'une véritable assemblée constituante. A partir de ces Etats généraux version XXIème siècle, nous pourrions définir une constitution européenne respecteuse des intérêts des européens et initier un tournant dans la construction européenne, tournant dont Marcel Gauchet souligne la nécessité  :

La démarche des fondateurs, la fameuse "méthode Monnet" a épuisé ses ressources. L'Europe pour les peuples sans les peuples a donné tout ce qu'elle pouvait. (...) La naïveté est désormais interdite aux Européens. Ils ne peuvent plus avancer sans se rendre compte de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. (...) L'Europe avancera par les peuples ou n'avancera plus. Elle est condamnée, autrement, à l'interminable piétinement sur place d'une déconstruction de ses composantes sans construction d'une chose commune, sous la houlette d'une bureaucratie missionnaire dont la cécité le dispute à l'ardeur. ("Le problème européen", Le Débat, Paris, mars-avril 2004)

Quel est le but du projet constitutionnel qui nous est présenté ? S'il a pour fin légitime de définir la forme de l'Union et son fonctionnement, pourquoi introduit-il des politiques ? Rarement évoquée, quasiment absente des abrégés du projet vendus en librairie, la troisième partie intitulée "Les politiques et le fonctionnement de l'Union" donne à une certaine politique une assise constitutionnelle : il s'agit du libéralisme. Amené au premier rang comme critique, puis comme recette miracle aux déboires de l'après-guerre, c'est-à-dire à l'Etat providence lui-même inventé afin de proposer une alternative sociale au communisme, le libéralisme gouverne désormais non plus comme simple doctrine, mais comme donnée internationale (L. Stoleru). Le projet constitutionnel a donc pour but de fournir une constitution aux Européens sans leur demander au préalable ce qu'ils souhaitent y inscrire, mais aussi de définir un cadre politique étroit et strict adapté à la mise en place effective d'un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée.

Soit. Mais nous vivons déjà, me direz-vous, dans une telle économie. Pas tout à fait  : c'est justement pour élargir le marché à la totalité de l'économie que le projet constitutionnel impose des politiques. Ces politiques sont dites libérales parce qu'elles suivent une pensée qui défend certaines croyances : la confiance en la main invisible, c'est-à-dire l'idée que le libre fonctionnement du marché amène une harmonisation sociale  ; la conviction que l'instabilité est une force ordonnatrice ; le refus de l'Etat-providence (V. Muthesius, Le libéralisme de Marx à Friedman, Ed. RPP, 1977, p.221-224). Au fil du texte, le souci est de veiller à ne jamais entraver l'économie, même en temps de guerre (art.III-131) et malgrè les exceptions que constituent les services publics, rebaptisés SIEG (Services d'intérêt économique général). Comme un refrain, il est répété à leur sujet que le développement des échanges ne doit pas être affecté dans une mesure contraire à l'intérêt de l'Union. A ce titre, les aides accordées par l'Etat sont largement encadrées, voire interdites (art.III-167). La liberté défendue est celle du consommateur qui doit rester libre de consommer sur le marché  : ainsi, les aides sociales octroyées aux consommateurs individuels sont autorisées.

Quels intérêts défend ce texte  ?Que signifie l'expression "les intérêts de l'Union" ? Entité imaginaire qui définit les "lignes directrices"(art.I-15-2) des politiques économiques et de l'emploi, l'Union se dessine et sa couleur est bleue, glacée. Si le "remède" libéral lui est appliqué sans mot dire, les effets "secondaires" qui lui sont consubstantiels sont tus (lire notre article "Le libéralisme appliqué : l'Angleterre de M. Thatcher". Nous avons la chance historique de pouvoir dire publiquement, au nom d'un des peuples qui constituent l'Europe depuis sa création, que nous entendons :

  • proposer d'autres valeurs et objectifs à notre Union, en ajoutant par exemple la notion de fraternité qui a été supprimée du triptyque ;
  • refuser d'inscrire pour une durée illimitée dans notre constitution des politiques libérales qui privent les gouvernements de toute marge de manoeuvre économique et sociale et donc de véritable pouvoir politique  ;
  • entamer avec les peuples européens une réflexion portée par des comités populaires locaux afin de définir l'Union que nous souhaitons former.

lundi 7 mars 2005

Le libéralisme appliqué : l'Angleterre de Margaret Thatcher

La troisième partie du projet de constitution européenne définit des politiques qui construisent un cadre étroit dans lequel seront pris tous les futurs gouvernements. Ce cadre est libéral, en ce sens que son but principal est de libéraliser le plus possible le marché intérieur. Le libéralisme est présenté comme une solution aux difficultés européennes.

Pour mieux comprendre, prenons l'exemple d'un "malade" qui a subi un traitement similaire  : l'Angleterre de Margaret Thatcher. Le pays devient en effet en 1979 un véritable laboratoire des préceptes économiques libéraux : par le nombre et l'ampleur des réformes mises en oeuvre ainsi que par la durée de l'expérience. (Monet, Santini, Le libéralisme à l'épreuve des faits, Paris, Nathan, 1992, p.195) L'économie ressort assainie du traitement libéral : la flexibilité du marché s'est accrue, le nombre de chomeurs s'est rapidement réduit entre 1986 et 1990, la privatisation et les déréglementations économiques dans les transports, l'énergie, les services financiers, ont accru la compétititvité et l'efficacité de l'économie, le système fiscal réformé est plus incitatif en matière de création d'entreprises, la productivité du travail a rejoint celle des autres pays riches. Deux "aggravations" ternissent cependant le bilan : les disparités régionales et les inégalités sociales se sont accrues.

Selon plusieurs études officielles, 11 millions de britanniques vivaient en dessous le seuil de pauvreté en 1987, contre 6 millions en 1979.(...) De façon plus générale, l'écart entre les revenus des plus riches et ceux des plus pauvres s'est creusé : depuis 1979, les 10 % des salariés les moins payés ont enregistré une hausse de leurs revenus cinq fois plus faible que celle dont ont bénéficié les 10 % les mieux payés. En outre, la fiscalité a eu tendance à creuser cet écart (...). Par ailleurs, le souci de réduction des dépenses publiques au détriment des dépenses d'équipement a eu pour conséquences une détérioration parfois sensible de certains services publics."(ibid., p.204)

Le tableau manichéen présenté (bonne santé de l'économie, accroissement général des inégalités) rappelle le mot de Lamennais : entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Si l'Angleterre n'est pas l'Europe, un traitement qui double quasiment la population pauvre d'un pays peut être raisonnablement qualifié de mauvais traitement.


jeudi 3 mars 2005

Freedom farm : une communauté rasta en Afrique du Sud

Le petit bus Wolkswagen nous ramène du Cap et nous dépose au bord d'une grande artère, à la sortie de la ville. Ni immeubles, ni maisons de ce côté-ci, quelques buissons et une énorme benne à ordures. Nous avançons dans le sable et je cherche du regard la demeure de la famille que je viens de rencontrer quelques heures plus tôt, sur la plage. Marchant entre les amas de cartons et de tôle, je m'apprête à interroger Cliff  :
- That's...
Il m'interrompt  :
- That's life.

Nous entrons dans une cour délimitée par des bâches en plastique. L'habitation est un vaste puzzle de matériaux récupérés. Cliff et sa femme Natasha y vivent avec leur petit garçon de trois ans, ainsi que le frère de Cliff, Linton, 24 ans. Nous sommes à Vredehof Farm, vaste ghetto d'un hectare et demi, divisé en trois communautés qui comptent 500 familles africaines, 80 familles métisses, les coloured, et 110 familles rastas. Depuis 1994, l'Aéroport International du Cap autorise ces populations à demeurer sur le terrain nu, qui comporte quelques rares points d'eau et ne dispose pas d'électricité. Bien que les conditions de vie désastreuses soient les mêmes sur tout le campement, la communauté rastafarienne seule semble posséder une culture cohérente, qui permet à ses membres de survivre au milieu du chaos qui règne dans les townships. Dans ces zones où se regroupent les exclus, le chômage fait rage et fixe une misère tout autant symbolique que matérielle. La langue pratiquée par tous demeure celle des conquérants, l'Afrikaans, car les racines traditionnelles des populations africaines ont été peu à peu arrachées. Meurtres, viols, vols, agressions sont monnaie courante et entretiennent un climat de peur permanente.

Des voisins viennent nous visiter : ici, les femmes sont des sisters et le respect est érigé en valeur centrale. Ce soir, comme tous les samedis, un sound system reggae réunira la communauté pour une nuit de danse rédemptrice, dans le dance-hall, salle de danse en tôle construite au milieu des baraquements. Nous nous préparons  : jupe longue et turban qui couvre la chevelure. Si la tenue est plutôt austère, plus loin, dans d'autres quartiers, les femmes portent des cyclistes sous leurs vêtements pour que le viol soit moins aisé. Ici la vie s'organise malgré la misère et le crime, et chacun s'efforce de suivre les préceptes du rastafarisme. Ce syncrétisme né en Jamaïque prend en Afrique du Sud le sens d'une critique sociale forte  : loin de rêver à l'intégration dans une société qu'ils rejettent, les rastas revendiquent le droit à un mode de vie singulier  : Rastafari n'est ni une religion ni une idéologie, ni même un mouvement politique révolutionnaire : il est une part de la réalité humaine. Nous résistons à la consommation d'alcool et de raisin, de viande et de sang. Nous refusons les médecines chimiques, les drogues, la contraception et les modes occidentales.(Our aim, « Notre but », Vredehof Farm Rastafarian Movement)

Nous entrons dans la salle  : hommes, femmes, enfants dansent sur un dub (rythme sans paroles) des plus rapides, presque violent. L'herbe se fume pure, au goulot de bouteilles de bière coupées. L'ivresse est forte et entraîne les fumeurs dans une danse répétitive, presque extatique. L'alcool et le tabac sont au contraire clairement interdits  : les rastas rêvent même de remplacer les vignes arrogantes des boers par des plantations de marijuana, "le remède des nations". Alors que les soûleries au bar du ghetto africain se terminent souvent par des coups de feu et des agressions, la fête bat son plein à Freedom Farm, car la communauté se réserve chaque semaine des moments de plaisir intense pour supporter la détresse des autres jours. La musique invoque le Tout-Puissant, le Négus Hailé Sélassié, descendant de Salomon, pourfendeur de Babylone l'esclavagiste. Si des panneaux de l'ANC servent à combler les trous des murs, la victoire de Mandela n'a pas sorti les familles du dénuement économique et culturel qui brise tout espoir de progrès. Le rastafarisme, en réintroduisant dans la vie sociale et individuelle des tables de valeurs fortes, représente une tentative de normaliser les rapports sociaux. Il consolide néanmoins l'inégalité entre les sexes, en prônant une véritable séparation des rôles entre les hommes et les femmes. A l'instar de la tradition chrétienne, le beau sexe est largement dénigré et infantilisé. Mais paradoxalement, cette conséquence semble un moindre mal face à l'absence totale de règles communes qui invalide ailleurs toute possibilité de vivre ensemble, dignement.


mercredi 2 mars 2005

Sortie au cinéma : Le cauchemar de Darwin

consultez l'affiche du film

Synopsis du film : Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l'humanité, sont aujourd'hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation.
En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d'expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse...

Pour lire la suite, consultez le site advitamdistribution


mardi 1 mars 2005

Une histoire des femmes, chaque jour sur France Culture

Dans la série "Histoire de", France Culture propose 25 émissions de l'historienne Michelle Perrot.

A partir du 28 février 2005, tous les jours à 13h30 sur France Culture, 93.5 FM à Paris, l'historienne Michelle Perrot relate une histoire longtemps tue, celle des femmes. A travers quatre thèmes, l'émission nous interroge sur ce long silence, réfléchit au corps féminin, à l'âme des femmes, à leur place au travail et dans la cité. Vous pouvez écouter les émissions en différé sur le site de France Culture, qui présente également une bibliographie particulièrement riche sur un sujet reconnu désormais majeur pour les hommes et le monde.


À propos

Le Flog est un magazine culturel et politique qui donne du sens à l'information. Il s'agit d'éclairer l'actualité afin de mettre en débat la construction du monde et d'enrichir le point de vue de ses lecteurs de visions alternatives (arts, philosophie, sciences...).

Le Flog est conçu et réalisé par Florence Louis, diplômée de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en Philosophie Politique (DEA), licenciée en Histoire, écrivain public et Présidente depuis 1999 de l'association Panamafrica.