Le Flog, culture et actualité politique

Mais toi tu dis : "Possibilités ? Précisions ?".
Je n'en ai cure. Essayons ! Tout dépend ici du fait d'agir en anticipant.

F. Nietzsche

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jeudi 17 février 2005

Campagne pour le non : visite au Comité girondin

Le 22 janvier dernier, le Comité girondin pour le non au traité constitutionnel organisait une journée de réunion dans le quartier du Grand Parc, à Bordeaux.

L'événement se déroule dans la salle municipale, située au milieu des barres citadines d'une des rares cités placées au coeur de la ville. La matinée est consacrée à cinq ateliers débats, portant respectivement sur les services publics, l'Europe et la laïcité, l'Europe élargie et le monde, la régression sociale et la découverte du texte constitutionnel. Les responsables des débats appartiennent à différents mouvements  : citons la Fondation Copernic, le Conseil économique et social régional, la CGT, la Ligue des droits de l'homme, la Confédération paysanne, Attac, le Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-monde, le monde universitaire, le PCF, la LCR, MARS, la CFDT, les Verts, le PS...

L'après-midi est l'occasion d'un meeting de trois heures. Une centaine de personnes est réunie. Le public est divers : si toutes les générations sont représentées, les 30/50 ans sont les plus nombreux. Attentifs, les auditeurs remplissent la salle et les derniers arrivés restent debout, au fond. Plusieurs interventions se succèdent, sans que l'identité des orateurs ne soit véritablement soulignée.

Le mot d'ordre est à l'unité de la contestation. Particulièrement diversifiée, l'origine sociale et politique des participants est présentée comme une richesse susceptible d'élargir la diffusion de la campagne contre le traité constitutionnel. Il s'agit de travailler ensemble afin d'ouvrir un large débat. Une relative proximité avec les électeurs et surtout les habituels abstentionnistes apparaît nécessaire pour rendre possible la réflexion sur un texte résolument opaque.

En effet, souligne Eric Coquerel du mouvement MARS, la constitution est un rouleau compresseur pour faire du libéralisme un droit quasi naturel. En clair, il s'agit d'imposer les valeurs libérales comme si elles allaient de soi, comme des vérités reconnues comme évidentes. Rappelons que sous l'Ancien régime, la noblesse était de la même manière comprise comme naturellement supérieure et digne de détenir le pouvoir. Au contraire, réfléchir et mettre en débat ces valeurs constitue une rupture avec les lieux communs. Le changement commence dans les têtes !

Jean-François Gau du PCF revient sur le texte dont il cite in extenso l'article I-3-2 : L'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures et un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée. Une fois ce principe posé, le reste est un "habillage secondaire". Les droits fondamentaux énoncés ne créent par exemple aucune obligation nouvelle pour les Etats et renvoient à des explications annexées qui contredisent l'énoncé même de ces droits. Les droits proclamés sont plus étroits que ceux dont les textes nous dotent actuellement. La campagne du non s'adresse ainsi à tous ceux qui ont intérêt à voter contre un texte qui menace leur possibilité de vivre dignement. Plutôt que de libéraliser les services publics ( écoles, hôpitaux, poste... ) en les soumettant à la concurrence, il faut affirmer la nécessité vitale de disposer d'un service public de base.

Alain Krivine, leader de la LCR, expose ensuite les difficultés auxquelles la campagne contre la constitution doit faire face : faible politisation des populations et notamment des jeunes, largement soumis à la propagande pour le oui ; désintérêt devant la complexité et la longueur du texte... Il semble donc urgent de démontrer aux populations menacées que la constitution européenne représente la destruction des acquis du mouvement ouvrier et la constitutionnalisation de la guerre. En effet, l'article I-41-3 stipule que les Etats membres s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires et qu'une Agence dans le domaine du développement des capacités de défense, de la recherche, des acquisitions et de l'armement est créée. De plus, l'OTAN demeure le fondement de la défense collective, ce qui lui offrirait une reconnaissance constitutionnelle qui anéantirait toute volonté d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis, puissance pourtant de plus en plus belliqueuse. A l'image des USA, l'Union s'accorde le droit à l'article III-309 decontribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur son territoire.

En tant qu'ancien député européen, Alain Krivine relate enfin la lutte des parlementaires pour obtenir l'introduction de la mention droit au travailtel qu'elle existe dans la constitution française, et leur défaite, puisque la constitution n'assure aux citoyens européens qu'un imbéciledroit de travailler( article II-75 ) !

Un militant du Comité girondin signale que le quotidien SUD OUEST n'a toujours pas annoncé la création d'une cellule locale du comité à Saint-Macaire (33) : la campagne pour le non se fera dans le maquis !

Un représentant des Verts explique ensuite que la constitution européenne interdira toute reprise du débat sur les OGM : nous l'invitons à expliciter ses propos ! Il prend l'exemple de la division du PS sur la question de la constitution pour rappeler que les contestataires militeront pour le non, malgrè l'adhésion de leur parti à au projet constitutionnel. Il se déclare lui-même prêt à se positionner en rupture avec les Verts s'ils appelent à voter oui.

Un intervenant souligne l'urgence à proposer une alternative à l'extrême droite, le Front national étant à nouveau la seule proposition médiatisée, risquant d'apparaître comme une solution à la misère grandissante et à l'inquiétude populaire.

Claude Debons de la Fondation Copernic ajoute aux arguments soulevés le fait que le projet de constitution reconnaît les églises comme interlocutrices régulières. Si le terme « religion » ou « religieux » apparaît treize fois dans le texte, l'adjectif laïc en est absent alors qu'il définit pourtant la République française à l'article 1 de sa constitution. Pour conclure, faire le lien entre les luttes sociales et le projet de traité est avancé comme un impératif.

La campagne pour le non au traité constitutionnel brasse à la fois des constats négatifs ( concernant les droits de l'homme, l'économie, la défense, l'environnement, les libertés fondamentales, l'égalité... ) et des propositions positives ( sur la démocratie participative, le dialogue social, la responsabilisation des citoyens... ). Plus qu'ailleurs, on parle de l'Europe telle qu'elle est vécue au quotidien à Paris, à Bordeaux ou à Barcelone. Un samedi après-midi bien studieux pour un public qui ne quitte les lieux que parce que la salle doit fermer... et qui compte bien poursuivre la discussion ailleurs !


mercredi 16 février 2005

Eviter que les Français ne réfléchissent trop

installation lors de la biennale de Dakar de 2004

Le terme « référendum » se définit comme le vote de l'ensemble des citoyens pour approuver ou rejeter une mesure proposée par le pouvoir exécutif (Petit Robert). Les Français doivent donc par conséquent étudier la mesure en question : lorsque celle-ci concerne en réalité un document lourd de 324 pages pour ses quatre parties principales, auxquelles s'ajoutent 460 pages d'annexes, protocoles et déclarations, un délai minimal semble requis pour accomplir son devoir de citoyen.

Or, il semble que Jacques Chirac trouve le temps long  : prévu initialement au mois de juin, le référendum risque, nous dit-on, d'être avancé au mois de mai. Le Président français a même l'audace d'expliquer l'urgence par sa crainte de voir le non l'emporter. Ainsi, preuve est faite que le chef de l'Etat a conscience de l'arnaque qu'il propose au peuple qu'il gouverne en soutenant le texte conçu, rappelons-le, par une Convention sur l'avenir de l'Europe non représentative, présidée par Valéry Giscard d'Estaing. Qu'est ce qu'une proposition qui risque d'être rejetée si son étude se prolonge ? N'est-ce pas la réflexion même qui s'organise autour du projet constitutionnel qui dérange ?

Est-il devenu difficile de berner le peuple endormi  ? Certes non, s'il dort à poings fermés, mais il semble qu'ici ou là certains se réveillent, et qu'avec le printemps, d'autres ouvrent grand les yeux... A ce titre, rappelons qu'Adam Smith, un des premiers théoriciens du libéralisme économique, expliquait que le rôle de l'Etat était de veiller à ce que les riches dorment tranquilles ! Voici enfin un rôle que notre Président assume pleinement !


vendredi 11 février 2005

Référendums européens

Alors que les Espagnols se prononceront dans une dizaine de jours sur la proposition de constitution européenne, Jacques Chirac a rejoint son homologue hispanique pour participer à une grande mise en scène en faveur du oui. Le chef de l'Etat parle d'« acte civique » pour qualifier non pas le fait de se rendre aux urnes, mais bien le vote favorable à la constitution Giscard.

Sommes toutes, les Espagnols sont invités non à s'intéresser à la question européenne et à en débattre, mais à ne pas s'abstenir de voter oui. Une telle visite est ainsi l'occasion pour les média français de faire du vote espagnol une présentation politicienne plutôt qu'une analyse politique. Personnages d'envergure ( Chirac, Zapatero... ), mise en scène d'un débat pour lequel public et questions sont préalablement choisis, coup de théâtre de dernière minute ( Schröder et Berlusconi grippés ) : les journalistes possèdent tous les éléments pour évoquer le spectacle sans effleurer le contenu de la campagne. Soulignons néanmoins la partialité des éléments fournis qui ne portent que sur le oui. Le cercle reste vicieux : pourquoi parler du non alors que les Espagnols vont voter oui, comme le prédisent les sondages ? Comme d'habitude, la validité des enquêtes n'est pas remise en cause.

Le référendum espagnol est le premier exemple de la longue course référendaire que l'Union européenne doit accomplir pour adopter ou non une constitution qui consacre les valeurs libérales Alors qu'il nous est demandé de nous constituer en Union selon des modalités précises, définies dans le texte, il semble que nous ne devions pas nous prononcer sur les valeurs ou les objectifs choisis mais simplement sur une volonté largement partagée : celle de poursuivre la construction européenne. En ce sens, seule l'abstention constitue une position anti européenne. Le oui comme le non sont des déterminations qui expriment une adhésion ou un rejet des valeurs et des objectifs affirmés dans le texte à prétention constitutionnelle. Se rendre aux urnes est en soi un acte civique, et voter non constitue selon nous l'expression d'une liberté inhérente au principe du référendum. A quand l'invention du plébiscite à réponse unique ?


mardi 8 février 2005

Prendre les armes électorales

Que le mécontentement des français grandisse est une évidence que personne ne conteste. Manipulations médiatiques, acharnement gouvernemental contre les acquis du peuple, paupérisation des salariés, exclusion d'une frange toujours plus grande de la population, inquiétude manifeste et générale quant à l'avenir de nos enfants...

Et pourtant ce désarroi ne débouche sur rien. Il alimente l'angoisse de chacun sans qu'aucune issue ne semble se dessiner. Pourquoi manifester puisque le Premier ministre l'a dit, la rue jamais ne gouvernera ? Pourquoi recourir à la grève quand les derniers mouvements n'ont en rien abouti ? Pourquoi voter pour le PS quand il nous a lui aussi mené à la situation actuelle ? Le malaise qui devrait faire naître l'action n'engendre que doutes et inertie.

L'Histoire n'est toutefois pas finie. Un peu de courage, nous avons encore des armes. Osons braver l'interdit : pensons ! Le référendum sur la constitution européenne est une occasion déterminante pour prendre la parole sur la scène française, européenne et mondiale. Le premier pas consiste à oser réfléchir : qu'est ce que ce projet de constitution propose réellement ? Quelle Europe constitue-t-il pour les années à venir ?

Si la lecture du texte n'est pas simple, débattre de son contenu est au contraire motivant, enrichissant tout autant qu'urgent. Ouvrons un débat que nous préférons cybernétique puisqu'Internet autorise une expression libérée des intérêts qui sous-tendent le projet constitutionnel. Par le biais du Flog, nouveau journal sur le web, choisissons de réfléchir à l'Europe en toute autonomie, en étudiant le texte et en relayant l'avis de chacun.

De la même manière, l'actualité politique, économique, artistique ou culturelle requiert une attention soutenue et un suivi ciblé : ainsi, les questions européennes et africaines constitueront nos priorités pusiqu'elles constituent déjà pour nous des domaines de réflexion privilégiés.

Il est encore temps d'agir : l'intelligence peut vaincre la bêtise sponsorisée.


À propos

Le Flog est un magazine culturel et politique qui donne du sens à l'information. Il s'agit d'éclairer l'actualité afin de mettre en débat la construction du monde et d'enrichir le point de vue de ses lecteurs de visions alternatives (arts, philosophie, sciences...).

Le Flog est conçu et réalisé par Florence Louis, diplômée de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en Philosophie Politique (DEA), licenciée en Histoire, écrivain public et Présidente depuis 1999 de l'association Panamafrica.